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aziraphale
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Inscrit le: 31 Mai 2007
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MessagePosté le : Mar Mar 20, 2012 9:27 am    Sujet du message : Répondre en citant

Nhaderil

Citation :
Rasägnard
"Certains engins de siège se chargent avec des boulets, d'autres avec des dagues très effilées. Cela dépend de l'effet que l'on veut obtenir..."


Un premier jour difficile

« Heu, mes salutations en cette belle matinée. Dites-moi, on m’a demandé de me rendre au champ de tir… Savez-vous où cela se trouve ? »
Jalim tenait dans sa main un parchemin, à la belle écriture courbée. De l’autre, il serrait la lanière de son sac de voyage. Le sac avait d’ailleurs cessé d’être un sac en dos en rompant l’une des deux attaches, et ce deux jours après son départ. Décidément, le voyage avait bien commencé…
« Je n’ai rien vu de tel en arrivant, enfin, j’ai vu toutes sortes de camp d’entraînement, mais je n’ai pas croisé d’archer. »
« Hein ? »
Il s’était attendu à ce que le grand homme se retourne, pose ses yeux sur lui, et lui indique d’un geste autoritaire et plein d’assurance une direction à prendre ; que la conversation se termine vite, c’était mieux, ça éviterait qu’il fasse des faux-pas et attire l’attention… Il s’était retourné, c’était déjà ça, mais il n’y avait qu’un gros œil unique qui le regardait, avec un sourcil solitaire et velu, redressé.
« Je, heu. Le champ de tir. S’il vous plaît. »
« Bah, y’a pas de champ de tir dans l’enceinte. ‘Faut sortir. »
Le colosse se grattait le menton tout en dévisageant Jalim. Ce dernier nota la présence d’une hache sur l’atelier à côté d’eux, beaucoup trop grosse et aiguisée pour être destinée à ne couper que du bois. Il frissonna.
« Comme je fais, alors ? »
« Bah, en passant par la porte. Et c’est facile, faut suivre le sentier. Et au bout d’un moment on voit des cibles en bois et des gens qui tirent de loin. »
Jalim bafouilla quelques remerciements et quitta prestement l’antre. Puis s’immobilisa, en constatant que, pour sortir, il avait le choix, juste en face de lui, entre une cinquantaine de portes, de toutes tailles, chacune donnant sur un sentier différent ; vers la montagne, vers la vallée, vers les collines, vers la rivière… Il fit donc demi-tour et bredouilla des excuses, de devoir déranger une… Créature si occupée, et demanda quelle porte donnait sur le bon chemin.
« Oh, ça me dérange pas, ça change de la routine », et le brave Fymir sourit. « Pour aller là-bas, même si j’y vais jamais, j’ai toujours un moyen de me rappeler, parce qu’avant je me perdais tout le temps. Alors y’a le carabin y’ m’a appris un truc :
Pour revenir à mon antre, y’a la porte couleur ambre, et c’est tout droit jusqu’à ma chambre.
Pour aller voir les archers, faut passer sous’l’clocher, et hop on y est. »

Finalement, l’imposant découpeur de gens lui semblait tout à fait sympathique.

----------------------------------------------------------------------------

Le champ de tir se trouvait sur petit plateau situé situé légèrement plus en hauteur que la citadelle. Il croisa quelques arbalétriers, ainsi que d’imposantes balistes. Il se demandait s’il allait en diriger une, elles avaient l’air bien, et puissantes. On dirait de gros insectes piquants, se fit-il, amusé. Mais sur place, les tireurs l’informèrent que, selon le parchemin de convocation qu’il avait avec lui, il lui fallait se rendre un peu plus loin, vers les Rats Saignards. Jalim suivit leurs indications et s’en fut, mais déçu. Il allait devoir s’occuper de rats ? Peut-être des rats géants, mais que faisaient-ils dans un camp de tir ? Et c’est alors qu’il vit une bonne douzaine de gros engins en bois, aux jointures métalliques, disposés en demi-cercle, et espacés également les uns des autres. Cette partie du camp était à part, et il n’y avait pas de cible. Seulement des grands et larges draps blancs, plantés au sol, comme des drapeaux qui claquaient dans le vent, et sur lesquels étaient représentés de grotesques cavaliers schématiques. Il songea qu’il pourrait en dessiner des mieux, même s’il ne savait pas à quoi ils devaient servir, et si c’était facile ou pas de dessiner sur des draps, chose qu’il n’avait jamais faite. Deux gobelyns se trouvaient de part et d’autre de chaque appareil… Sauf le dernier, tout au fond, où un seul homme lui faisait signe.

« Tu es le nouveau, hein ? Bienvenue, je me nomme Walaq. Tu vas t’occuper de cette petite merveille avec moi. Tu es prêt ? »
« Bah, heu, merci, je, oui », fit Jalim, tout à fait décontenancé. Il ne s’attendait vraiment pas à assister à une leçon aussi vite.
« Bien. Ceci est un Rasägnard. Il a été conçu contrer les charges de cavaleries. Il est inspiré des autres modèles de machines de siège, même s’il a été amélioré et s’en éloigne un peu désormais, et utilise des lames et autre dagues, qui doivent être légères mais tranchantes, comme tu peux en voir ici. Oui, tu peux y toucher, mais ne te coupe pas, tu vas avoir besoin de tes mains ; prend ces gants, ils sont là pour ça, ils permettent de manipuler les dagues sans danger. Bien. Comme tu peux le constater, il est constitué d’un système de poulies et de leviers. Il y a même un disque à la base, parce qu’on peut avoir besoin de faire pivoter toute la structure, sur 180°. Tu suis ?
« Hein ? Heu, oui oui. » En fait non, Walaq parlait beaucoup trop vite, impossible de suivre, on ne pouvait retenir que quelques mots-clés par-ci par-là, mais rien qu’à regarder la structure, la complexité de l’engin… C’était tout de suite passionnant. Rat-Saignard. Rasägnard…
« Parfait. À l’arrière, il y a ce sac en cuir, le Réservoir. C’est là qu’on dépose les dagues, la lame vers soi, le manche vers l’avant de l’appareil ; en fait, lorsque l’on tire avec la machine, il y a un puissant balancier qui les envoie à distance, et donc les lames se retournent lors de ce mouvement, afin que les lames soient pointées sur l’ennemi, et non le manche. C’est aussi une question d’aérodynamisme. »
Ca, par exemple, c’était un mot tout à fait abscond.
« Là, en dessous, y’a le disque. Si l’on doit modifier l’angle de tir à la dernière minute, il faut retirer la cale avec le levier, là, puis pousser la structure pour qu’elle tourne sur elle-même. »
Il se plaça à gauche du réservoir, abaissa le levier, ce qui produisit un bruit de bois contre le bois, plus loin à l’intérieur du labyrinthe de planches et de cordes. Il poussa alors de toute ses forces, et la construction bougea, lentement.
« Pfiou, voilà. J’ai tourné la machine 10° vers la gauche. Je le sais parce qu’il y a sur le disque des points de repères, dessinés ; tu vois ces lignes qui partent du centre ? Les petites font 1 degré et les épaisses, 5 degrés. On peut le faire pivoter seul, mais à deux on économise ses forces. Chacun se met d’un côté, et pousse en même temps ; c’est entre autre pour ça que la machine est faite pour deux préposés, et non trois, pas comme les Scorpions. Maintenant, il faut remettre la cale, pour que ça ne bouge plus et reste précis. Ensuite, il y a le mécanisme de lancement des dagues. Une fois le Réservoir plein, il y a une manivelle horizontale à actionner ; cela fait descendre le plateau qui soutient le réservoir, et tend les cordes. Là aussi, y’a des points de repères, horizontaux, de haut en bas, le long de la structure. Plus tu tourne la manivelle, plus le plateau sera bas et la machine tendue, et plus la force sera grande au moment du déclenchement. Ca permet de décider de la distance, au dernier moment. Et ça, c’est le siège de tireur, situé tout à l’avant. Le Viseur-Tireur a besoin de savoir intuitivement (mot abscond) à quelle distance se trouve la cible, et à quelle vitesse elle se déplace. Une fois les ajustements réalisés, il déclenche le système de lancer en tirant sur cette corde horizontale avec sa main droite, laquelle est reliée à ces poulies. Ca fait sauter le loquet de la manivelle et balance le tout. Des questions ? »
« Oui ! » Cette machine était vraiment sublime, géniale ! « On peut tuer un dragon avec ça ??? »
« Non, évidemment non », fit Walaq, sourcils froncés. « cet appareil n’est pas vraiment fait pour viser des cibles volantes, déjà. Les cibles accessibles sont soit en contrebas, soit en face. Ensuite, jamais ces petites dagues ne pourraient transpercer du cuir de dragon, voyons ! En fait, les chevaux en armure lourde, ainsi que leurs cavaliers, s’en sortent plutôt bien aussi. Les hommes à pieds également, parce que durant le voyage des lames à travers le ciel, elles ont tendance à s’espacer, si bien qu’on ne touche que les fantassins malchanceux, et en armure légère. En fait, l’intérêt est de pouvoir toucher les cavaliers peu protégés, parce qu’ils misent sur la vitesse et la légèreté : la cavalerie légère. »
- « Mais, on touche le cheval aussi ? »
- « Oui. C’est aussi ça, la guerre. »
- « Et, et, je peux tirer ? »
Walaq eut un sourire narquois. - « Ah ça non… Il faut pouvoir passer un test de visée et d’évaluation des distances. Que j’ai d’ailleurs brillamment réussi. C’est pour ça que, sur cette machine, c’est moi le Viseur-Tireur. Toi, tu seras Chargeur. »
L’engouement du novice retomba… Bien sûr qu’il n’y aurait pas droit, parce qu’il ne voyait pas très bien, ça avait toujours été comme ça…
« Mais, ne sois pas triste, car à part ces activités, nous serons deux à devoir faire le reste, ensemble, et notamment le plus dur : démonter, puis remonter. »
« Parce qu’on doit démonter toute cette machine ? »
« Oui, pour la déplacer. »
Le jeune gobelyn envisagea toute la complexité de la construction, de ses poulies, ses mécanismes, et se disait qu’il mettrait toute une vie à apprendre comment la reconstruire dans le bon sens, sans erreur ; car même la plus petite bloquerait quelque chose ici, ou fragiliserait quelque chose là, et tout s’effondrerait, il en était sûr, et ce serait de sa faute, évidemment.
« Et pour la mettre où ? »

L’expert lui sourit à nouveau, mais c’était cette fois un sourire d’excuse, mêlé à un brin de cynisme. Il tendit le doigt en direction du castel derrière eux…

Et bien, tout là-haut.

Avant que tu ne le demande : il y a mille marches.

Mais tu verras : la vue est splendide, à ce qu’on dit. Enfin tu sais, moi, ce que j’en dis…
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aziraphale
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MessagePosté le : Mar Mar 20, 2012 9:28 am    Sujet du message : Répondre en citant

Medar

Citation :
Corvusiers : « Qui dit tanneurs dit abattoirs, qui dit abattoirs dit carcasses, et qui dit carcasses dit charognards. Une relation de complicité étrange relie les grands corbeaux rôdant par centaines autour des bauges et des abattoirs Loups aux tanneurs musclés et abrupts. Les tanneurs refusent généralement d'en parler lorsqu'on ose les interroger sur cette question, mais toujours est il que des cohortes entières de corvusiers accompagnent toujours les armées des Loups au combat, contribuant à leur funeste réputation, et plongeant tout bec et griffes dehors sur leurs adversaires, sans qu'il soit nécessaire de leur donner la moindre directive ou de les surveiller particulièrement. »


Noires nuées...


La grisaille morne du ciel semblait sans fin, au-dessus de lui, tel un tapis omniprésent qui masquait les étendues bleutées s’étendant au-delà et filtrant grandement la lumière du soleil lui-même. C’était bien. C’était ce qu’il avait toujours connu, et les rares fois où l’astre du jour déversait à torrent ses rayons sur les larges étendues dévastées en-dessous de lui, cela le mettait étrangement mal à l’aise. Le gris était bien mieux. Morne, immuable, rassurant. Il avait grandit avec se gris au-dessus de son nid, et puis tout autours de lui, quand il s’était risqué en vol, et il lui semblait faire partie de sa vie simple, au même titre que les nécessitées élémentaires, comme trouver de la nourriture ou se reproduire. Cette lourde couverture nuageuses, morne et basse, le rassurait autant que la masse immense de ses frères, cousins et autres membres de sa race, tout autours de lui dans l’air un peu humide.

C’était bien, tout simplement.

Les Deux-Pattes et leurs bêtes quadrupèdes, là, en bas, n’avaient pas vraiment à ses soucier de la couverture nuageuse. Le soleil eût-il brillé librement dans le ciel qu’ils ne l’auraient sans doutes même pas vu, tant la masse de ses frères de race était importante, tournoyant dans le ciel, au-dessus d’eux. Les cris stridents que poussaient de temps en temps certains membres de leur titanesque volée ponctuant cette immensité. Rares étaient les oiseaux aussi féroces vivant en aussi grandes concentration sans difficulté. Et cela faisait de la plupart des autres créatures volantes des proies de choix et commodément isolées quand elles se risquaient à s’aventurer sur leur immense territoire, qui s’accroissait toujours au fur et à mesure que les générations passaient et se multipliaient. Leurs Deux-Pattes favoris, dont un large troupeau cheminait sous-eux, favorisaient fort commodément ce phénomène en étendant régulièrement leur propre champ d’action.

Il aimait bien ces Deux-Pattes. Tout comme les nuages, ils faisaient partie des choses qui n’étaient pas absolument nécessaires à la survie mais tout de même bienvenues. Il ne lui fallait pas grand-chose pour être heureux, à lui. Il était une créature toute simple. Avec des aspirations toutes simples. Et les êtres qui avançaient en bas répondaient toujours de bon cœur à l’une d’elles : manger. Ils étaient inégalables pour fournir des quantités astronomiques de bonne viande bien nourrissante, et semblaient, ces temps-ci, encore plus motivés à remplir ce devoir qui leur revenait depuis longtemps. C’étaient de bonnes bêtes, et ses ancêtres les avaient bien dressées, au fil du temps. Leurs meilleurs alliés étaient les grands Deux-Pattes qui tenaient leurs usines à viandes, mais même les autres savaient être coopératifs, et ils allaient en se bonifiant. Définitivement, c’était une réussite.

Les cris commencèrent à se faire plus nombreux sur les bords de leur immense volée, avant de se communiquer à tous, chacun répétant la nouvelle. L’autre meute était en vue. C’étaient aussi des Deux-Pattes, mais différents des leurs. D’après les cris, il s’agissait du type de Deux-Pattes majoritairement de petite taille, celui dont beaucoup de membres avaient des cornes et la peau verte. Il y en avaient aussi des autres, grands, sans cornes et enfermés dans des choses carcasses rouges complètes, beaucoup plus difficiles à décortiquées. Il préférait ceux-ci, en tant que proies. En tant que pourvoyeurs de viandes, leurs bêtes coutumières restaient les plus efficaces, surtout parce qu’aucunes d’entre-elles n’auraient eût l’idée grotesque d’empêcher d’honnêtes oiseaux de se repaître de leur repas désigné, en leur lançant ces bâtons pointus que les Deux-Pattes aimaient se jeter les uns aux autres, par exemple. Qu’il y en aient qui se perdent en pleine bagarre, ça passait, mais une fois le temps du repas venu, c’était franchement déraisonnable comme habitude.

L’autre troupeau arriva en vue, et il se rassura. Il était assez grand pour fournir un festin, mais pas assez pour risquer de l’emporter et de les embêter avec ses mesquineries. En bas, leurs Deux-Pattes devaient les avoir vu, eux aussi, puisqu’ils se mirent dans la disposition qu’ils adoptaient généralement avant de se taper dessus. Il laissa échapper un cri d’exaltation, rauque et puissant. La faim commençait à se faire sentir, et il serait tout à fait ravis de faire son repas sur le dos du troupeau approchant. Les distances diminuèrent rapidement, les Deux-Pattes semblant toujours empressés à se taper dessus. Il se disait parfois que leurs propres Deux-Pattes devaient avoir contaminer les autres, qui ne savaient sans doutes même pas qu’ils se pressaient ainsi pour assurer la subsistance de leur volée. Il y avait aussi des oiseaux stupides pour imiter leur comportement à eux, et, comme chez les êtres rampants, les imitateurs n’étaient jamais aussi bons que les originaux, ce qui expliquait probablement les bâtons pointus que les autres troupeaux s’ingéniaient à leur lancer.

Finalement, les deux troupeaux furent proche. Celui des Deux-Pattes petits, verts et cornus était vraiment très bien. Il y avait d’autres variétés de bêtes pour varier le plaisir, et aucune volée de ces créatures noires et sauvages qui accompagnaient parfois cette race de Deux-Pattes ne les suivaient. C’étaient leurs rivaux les plus dangereux que ces oiseaux-choses-là, plus encore que les reptiles volants gigantesques qui accompagnaient les Deux-Pattes grands, verts et durs. Les reptiles volants se consacraient surtout à massacrer des Deux-Pattes pour les dévorer, supposait-il, mais les oiseaux-choses semblaient se consacrer à des proies volantes, et avoir la stupidité de les considérer, eux, les maîtres des cieux gris, comme faisant partie de ces proies. Et ils étaient généralement plus doués que la plupart des Deux-Pattes lanceurs de bâtons pointus, ce qui était fort malcommode.

Mais ici, rien ne leur disputait la royauté du ciel, ni les reptiles géants titanesques, ni les oiseaux-choses noirs. Ils allaient pouvoir fondre librement sur leurs proies bipèdes et quadrupèdes, et n’auraient aucun concurrents quand viendrait l’heure de la curée, après. Ils auraient pu attendre ladite curée bien sagement s’ils avaient été moins nombreux, mais ce troupeau n’était pas assez grand pour nourrir leur volée s’ils se contentaient d’attendre, pas sans qu’il n’y ait de graves frictions entre les différentes composantes de celle-ci. C’était le seul inconvénient de ce genre de rassemblement, mais la sécurité et la facilité d’action valaient bien de chasser un peu ses proies, quand même. Quant à ceux qui tomberaient sous les bâtons pointus, hé bien, cela ferait quelques becs de moins à nourrir et quelques ramages de moins à supporter. Certains de ses frères étaient si énervants…

Et ce fût ainsi que, fondant du ciel dans des cris de morts dès le début de la bataille, le Corvusier, avec tous ses frères, fila sur l’armée Gobelyn assemblée dans la plaine, pour, à coup de griffe et de bec, semer la mort et la désolation dans ses rangs… et trouver de quoi caler un peu son estomac volant.
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aziraphale
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MessagePosté le : Mar Mar 20, 2012 9:28 am    Sujet du message : Répondre en citant

Nhaderil

Citation :
Seigneur Dragon
Les dragons sont des créatures ancestrales des Terres de Saïhan. Personne ne sait rien des cavaliers qui les chevauchent, nul ne sait d'où ils viennent. Certain murmure qu'ils sont appelés par delà le voile du temps et de l'espace, arrivant sur les champs de bataille pour déchaîner leur fureur ab-animale. On ne sait guère non plus quelles alliances et pactes le Roi Pourpre a pu nouer avec les Seigneurs Dragons pour les avoir comme alliés, mais chacun craint ces êtres aussi majestueux que mystérieux, et incommensurablement plus puissants que le commun des mortels de Saïhan...


Observation approfondie du Dragon dans son stade juvénile

[...]

À sa sortie de l'oeuf, la peau du Dragonnet n'est pas encore solide, opaque, sombre. La peau est tendre et transparente, le nouveau-né étant alors "lumineux" et brûlant au toucher. Au contact de l'air, et avec l'âge, cette peau deviendra écailles et deviendra progressivement plus solide et plus froide au toucher (un dragon adulte n'est pas chaud au toucher, du fait de l'énorme épaisseur de ses écailles; c'est l'une des raisons pour lesquelles on les attribue souvent au genre Reptilien à sang froid, à tort).
Sa crête dorsale est encore inexistante, seul un début de crête apparaît sur le sommet du crâne, le plus souvent formé de deux à trois crétillons (ou "dents").



On peut observer tout de même un certain nombre de caractéristiques qui viendront à se développer: un bec, plutôt qu'une gueule (dont la mâchoire se développera dans les 12 mois à 24 mois après l'éclosion, les premières dents apparaissent dans les 6 premiers mois), des naseaux retroussés et sombres. Les pattes à trois doigts sont déjà remarquablement formées et sont plus robustes qu'il n'y paraît, le Dragonnet étant capable de se dégager seul de son carcan natal afin de pousser ses premiers cris. Ces cris sont surprenants: ils ressemblent au souffle d'un feu de forge que l'on charge d'air pour en élever la température.

Je confirme ici la théorie du Lyre Yrthaliôn; l'oeuf de Dragon ne se brise pas comme les oeufs d'oiseaux ou de reptiles communs, car il présente des axes de brisure, majoritairement symétriques, au nombre de six, se joignant au sommet et à la base de la structure. Je n'ai pas encore prouvé ce qui provoque l'éclosion (bien que je soupçonne que l'éveil à la conscience du Dragonnet ait un effet chimique: la naissance de son brasier intérieur fait alors s'échauffer les éléments légers à l'intérieur de la coquille, et augmente ainsi la pression jusqu'à rupture des lignes fragiles), mais l'on peut tout de même noter sur cette illustration de visu 3 des 6 tronçons de coquille. [...]



-Extrait des Analyses du Bestiaire Fantastique, ouvrage baîllé par la Couronne d'Or, bibliothèque royale de Rorchäl.
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MessagePosté le : Dim Juil 01, 2012 3:31 pm    Sujet du message : Répondre en citant

Elah Pariza

Gorgerin


Citation :
Les Gorgerins sont l'emblème de la force militaire des Loups. Vifs, brutaux, féroces, courageux et rustres, engoncés dans de lourdes armures de combat et jouant du marteau, de la hache ou de l'épée au milieu des rangs ennemis, en ricanant et maugréant tout leur soûl. Les Loups dans toute leur funeste gloire !


Lame de Lune

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MessagePosté le : Dim Juil 01, 2012 3:31 pm    Sujet du message : Répondre en citant

Skatlan

Citation :
Gardes royaux : "De l'école impériale du Roi Poupre, il ne sort pas d'épéistes. Les recrues y restent des dizaines d'années supplémentaires, et deviennent des gardes royaux, la garde rapprochée la plus crainte parmi les forces Daronoans. Armés de pieds en cape, engoncés dans des armures carmines à liserais d'or, possèdant les armes les plus élaborées et massives des forces régulières, ils font tomber les rangs ennemis comme du blé mûr sur les fronts de guerre, leur cape vermillion flottant derrière eux comme un vent de destruction."


Under-world (texte et dessin)

----------------------

"Du poids sans limite des années qui s'écoulent,
Les sentinelles du Roi Pourpre s'enfoncent dans le sol.
Sous les caves de terre meuble des écoles impériales,
Elles y trouvent la mort de mille mains boréales.

Soldats d'équinoxe, garde royale,
Ils en ressortent avec force et sagesse animale.
Du poids sans limite des années qui s'écoulent,
Les sentinelles du Roi Pourpre s'enfoncent dans le sol."


----------------------


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MessagePosté le : Dim Juil 01, 2012 3:32 pm    Sujet du message : Répondre en citant

Bleicham

Citation :
Longiniers : Pour encaisser les charges de cavalerie ennemie, les forgerons gobelyns ont fabriqué les longins, de longues lances se fixant à l'avant bras. Les manoeuvrer en combat rapproché est difficile, mais leur efficacité comme mur de lances, une fois planté dans le sol, a arrêté plus d'une charge Daronoan depuis le début de la guerre.



Le moral du Longinier

PFOOOOOOOOOMMPFROUAAaaaappffff !
Les trois unités de Longiniers emplirent la plaine d’un éclat de rire général. Ce foutu claironneur avait encore crevé la panse de son instrument. Ca allait encore mettre le Sigisbée de bonne humeur.

« Gormuuuuur ! Rhakofkof… »

La troupe reprit le meilleur sérieux qu’elle put. Bleicham venait haranguer ses troupes, installé sur sa chaise percée, portée par les derniers punis du jour.
« Combien de fois je t’ai dit de ménager ton souffle, sac à furoncles ! Encore une panse à remplacer, et en plus tu seras sur les genoux à mi-course sur le champ de bataille ! Et une bataille sans musique, une ! Du coup, tu es de corvée aujourd’hui, tiens ! »

Gormur ferma les yeux sous un éclat de rire général. Tout le monde avait compris, ainsi que Bleicham, qui le prit pour un irrespect intolérable .
« Sileeeeeence ! Vous allez m’énerver, et c’est mauvais pour ce que j’ai ! Du respect, pensez plutôt au combat qui nous attend , nom d’une Sharras ! »
« Oups »… Fessedevaleur, l’intendant du Sigisbée, n’eut pas le temps d’arrêter son supérieur avant qu’il n’ait prononcé le blasphème fatidique… Déjà la troupe était résignée. Tous baissèrent la tête, comme Bleicham, soudain conscient de la fatidique outrance.

Il ne fallut pas plus de trois secondes pour que le Magyon vengeur ne se manipeste, comme d’habitude… Oui, manipeste… Car une trombe venteuse assaillit la plaine, portant en ses souffles des scories ressemblant furieusement à des fientes de Seigneur Dragon, avec l’odeur qu’il convient, giflant les joues de tous et imprégnant leurs narines pour les heures sombres qui arrivaient.

« Eeuuuh, désolé, braves soldats, désolé… »

De la plaine, loin en face, gonfla une rumeur… qui enfla jusqu’à devenir une immense moquerie, aussi rouge que l’ennemi, le daronoan que les fiers Gobs charriaient d’habitude pour leur odeur.
« Capeeeeeeen ! Tu peux rigoler, vieille carotte périmée ! Tu rigoleras moins dans quelques heures !"

Les troupes pourpres étaient venues à la rencontre prévue, en ordre de bataille, en habits clinquants et impeccables.
C’était une grave erreur, d’ailleurs, qu’ils n’avaient toujours pas assimilée, car les Gobs, taquins comme à leur habitude, prenaient grand plaisir à les rouler dans les tripes des premiers ennemis fendus en deux pour les ridiculiser avant de les fendre à leur tour. Bleicham n’y trouvait rien à redire militairement parlant, estimant que tout ce qui était bon pour le moral des troupes valait la peine d’être vécu.

« Bien, ce petit intermède malheureux étant passé, passons aux choses sérieuses, Fiers Gobelyns ! »
Le Sigisbée commença son inspection… Il regarda le premier… , le deuxième, le troi…
« Nom d’une SH.. ! » Fessedevaleur eut juste le temps de plaquer sa main sur la hiérarchique bouche de Bleicham, évitant ainsi un nouvel épisode magyonesque.
Soucieux de l’image due à son rang, Bleicham fila un énorme coup de boule au présomptueux sauveur, en lui susurrant à l’oreille : « Tu seras décoré pour ça »

Revenant à son affaire, il prit tout son souffle (RHAAAkofkof) pour hurler : « Vous êtes l’infanterie lourde, bande d’intestins de loup ! Où sont vos casques renforcés ? Hein ? Ou qu’ils sont ? »

Le responsable logistique, Bletpouar le bien nommé, prit son courage à deux mains, et justifia le manquement logistique ; « Mon Sigisbée, les Briseurs de faction cette nuit ont bu un peu trop, et les harceleurs pourpres ont volé les casques. Nous n’avons pas eu le temps de les remplacer… hum »
Il recula de deux pas, non par crainte d’un coup de boule, mais connaissant la réaction physiologique inévitable d’une telle nouvelle sur son nonagénaire de chef…

La plaine retentit d’un coup de tonnerre à faire chuter un méphyr. Une crainte blême blanchit les faces verdâtres de tous. Le pot de la chaise percée du Sigisbée avait failli exploser sous la déflagration.
« Et voilà ! Eeeet voilà ! Si encore les Poupres aimaient le jus-de-carotte, ils auraient pillé la cave plutôt que nos armures ! Qui est de corvée, encore, ah oui. GOOOORRMUUUUUR ! »

Le pauvre, en train de se dire que la panse de son chef ne tenait pas mieux que celles de son instrument, s’approcha pour emporte le royal étron, sous le sourire narquois qui faisait une ride profonde sur le crâne luisant de Bleicham.
Il fit volte-face et affronta la redoutable tradition. Il fendit la troupe amassée derrière eux, qui s’écarta, pliée en deux d’un fou-rire alimenté par les premiers rangs, qui faisaient avec leurs mains des pets sonores sous leur épaule, qui soit-dit en passant, n’avaient pas été récurrées depuis des lustres, mais le contenu de la charge du musicien ne laissait rien sentir d’autre…

Bleicham rencoigna un léger moment de gêne en voyant que le moral des troupes était au plus haut.
Décidément, j’ai un don certain pour manier les hommes, se dit-il.

En face, Capen voyait la manœuvre. Les troupes de l’ennemi se divisaient en deux. Il décida d’envoyer un émissaire au-devant de l’ennemi, avec un message bien précis.
« Ne te trompe pas, ou je te tranche la tête ! »

Le Sigisbée vit arriver à ses pieds ce qui était de toute manière un premier amuse-gueule pour son Méphyr dressé, mais décida tout de même de l’écouter. Mais il comprit avant même la première parole du longues-oreilles… La proie portait sur la tête..un des casques dérobés la nuit…
Il se contracta. Fessedevaleur s’avança pour éventrer le daro avant que l’irréparable se produise, mais son chef l’arrêta. « Je me contrôle, Fessedevaleur ! Ecoutons les stupidités de Capen ! »

« Sigisbée Bleicham, Le Lyre Capen te fait savoir qu’il te rendra tes casques, bien installés sur des têtes bien vertes, à coups de trébuchets. »

Bleicham orienta son crâne de façon à créer un reflet carnassier de soleil. Fessedevaleur comprit l’ordre intimé, et les tripes du Pourpre amusèrent aussitôt les premiers rangs de Longiniers.

Alors, d’en face vint un martèlement provocateur. Les Carnalions de Capen s’étaient avancés, et frappaient de leurs armes les casques qu’ils portaient sur la tête.

C’en fut trop pour Bleicham… Il devint blême, se contracta.
Fessedevaleur anticipa les évènements… Il commanda…


GOOORRMUUURRRRR !
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aziraphale
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MessagePosté le : Dim Juil 01, 2012 3:59 pm    Sujet du message : Répondre en citant

pitoula:
furetion : cavalerie légère


Citation :
Les furetions
Les furetions sont des Loups moins féroces que les autres, mais non moins rusés. Constituant une bonne partie des rangs de la cavalerie légère des armées louves, ils officient toujours en bordure et sur les frontières, tour à tour éclaireurs, contre-charge ou harceleurs des premières lignes ennemies. Doués d'un certains sens de la répartie et de l'humour gras, ils sont aussi maitres d'oeuvre des ambiances tonitruantes des tavernes louves, mais leur frêle constitution les fait souvent fuir les coups de battoir dangereux des femelles louves, auxquels ils préfèrent une bonne monture et une bonne bataille bien organisée.


Bataille de Dëlëgän Sylïn : Harcèlement des 1ères lignes

Voici comment la bataille de Dëlëgän Sylïn fut rondement menée.

Nous arrivons sur place, une petite armée gobeline a pris place au pied des remparts. Quelle erreur stratégique, s'offrir ainsi en laissant une si petite garnison derrière eux.

Pendant que nos troupes s'affèrent à monter nos engins de siège. Nos cavaliers vont et viennent en escadrons au plus près de la limite de portée des archers adverses. Ces cavaliers frappent sur des cymbales situées sur la croupe de leurs montures. Parfois, ils envoient en plus quelques uns des leurs "défier" au plus près les lignes adverses. Ils assènent des coups qui s'avèrent individuellemet énervants.

L'objectif? Faire craquer un ou deux mecs, dont la nervosité les fera tirer et user leurs munitions : l'effet est toujours contagieux. Il en va de même des fantassins, si un petit groupe craque et passe à l'assaut, malgré leurs chefs, il y a des chances que toute l'unité décharge, par contagion ou parce que chacun croit que l'ordre a été donné et qu'ils ne l'ont pas entendu (certainement à cause de ces satanés percussions).

Une vingtaine de minutes après, c'est ce qui arrive. ils sont trop nerveux, deux series de traits partent des archers, quelques furetions tombent. Pensant avoir l'avantage, leur infanterie charge.

Discrètement à l'abri derrière de simples mantelets, nos cavaliers lourds attendent la charge. L'effet de surprise et l'effet de masse est décisif. Alors des taches de couleur apparaissent sur les fonds de pantalons de nos adversaires ....

Mais ça c'est une autre histoire...
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aziraphale
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MessagePosté le : Dim Juil 01, 2012 4:12 pm    Sujet du message : Répondre en citant

Val'Ayëk L'Arizân
Fymirs


Citation :
les fymirs sont des créatures troglodytes intelligentes, mais peu répandues. Ils atteignent les deux mètres, sont bien musclés, et ne possèdent qu'un seul oeil au milieu du front. Ils portent au combat des poings de guerre et une armure totale ouvragée, faite de centaines de pièces de métal cuivré travaillés, qui les couvre des pieds jusqu'au dessus du nez. Brutaux, mais doués d'un grand sens de l'honneur, les fymirs ont un grand respect pour les gobelyns, qu'ils appellent 'petits frères', et les ont solennellement suivi dans leur guerre contre les Daronoans.


Le conte de Brek-Zerba et le Glaciarque :

NdA : Le Col de Rejkäl et l'Aire du Glaciarque sont des territoires du secteur NE des Glaciers Mugissants, si si ^^

Bien que redoutés pour leur brutalité sur les champs de bataille, les Fymirs n’en sont pas moins d’une très grande sociabilité lorsqu’ils sont en famille bien en sécurité dans leur grotte. Les naissances chez les Fymirs sont peu nombreuses et ils démontrent une grande affection envers leurs progénitures. Le soir, lorsque dehors soufflent les vents froids des montagnes, les parents ont pour tradition de conter les exploits de leurs aïeux à leurs enfants, pour que ceux-ci s’endorment le cœur remplit de vaillance et de courage.

- Popi ? Toi raconter histoire de Brek-Zerba ?
- Encore ? Toi connaitre ça mieux que moi
- Pitié, Popi. Toi raconter bien !
- Bien, bien, comme toi vouloir. Tenir toi tranquille et écouter

Brek-Zerba vivait il y a fort longtemps dans une petite vallée cachée au pied du Col de Rejkäl. Il était le plus vaillant guerrier de son clan et, bien qu’encore jeune, il était tout désigné pour devenir le Calim-Gorun, le chef-protecteur de la vallée, à la suite de son père et de son grand-père.

Un jour que Brek-Zerba chassait le dayn à queue bleue dans les canyons rocailleux des passes, il entendit un grand bruit, un cri monstrueux qui fit trembler le sol et se répercuta pendant longtemps sur les parois de la montagne. Soudain, tous les animaux déferlèrent entre ses jambes et autour de lui. Il y avait tous les habitants des gorges, des petits scarabées podor qui fuyaient en fil indienne en zigzagant entre les rochers jusqu’aux renourds argentés qui filaient comme le vent sur leur six pattes agiles, la queue et les oreilles baissés de frousse. Il y eu même des panthères blanches qui fuyaient au côté des dayns, comme si ils avaient oublié que l’un dévorait normalement l’autre.

Brek-Zerba, lui, ne connaissait pas la peur. Il décida d’abandonner sa chasse, tout d’abord parce qu’il n’y a aucun plaisir à chasser quand les proies se jettent sur vos bottes, et surtout parce qu’un danger capable de faire fuir les fières panthères blanches et les rusés renourds devait rapidement être écarté de la région et du clan. Il partit donc d’un pas décidé vers la source de ce cri, en remontant le courant des animaux effrayés comme un saumon la rivière.

Bien vite, il se mit à neiger. Pourtant, le printemps était bien avancé et la neige ne tombait plus depuis longtemps. Surtout qu’il faisait plutôt chaud lorsque Brek-Zerba avait pris la route ce matin. Plus le valeureux Fymirs se rapprochait des cris monstrueux, plus les animaux se faisaient rares, il n’y avait plus guère que les roche-à-pattes qui fuyaient dans leur lenteur coutumière. Plus Brek-Zerba se rapprochait et plus il faisait froid, à tel point que les flaques d’eau gelaient à vue d’œil, que son souffle dégageait de lourds panaches de vapeur et que la neige tombait en fines paillettes, comme si elle se formait sur l’instant. Brek-Zerba arriva difficilement au sommet d’un escarpement rendu affreusement glissant par la soudaine apparition de glace, et tout à coup, il découvrit en contrebas, remplissant tous le fond du vallon sur une lieue complète, un immense serpent de glace qui se frayait un chemin en arrachant rochers et arbres sur son passage comme si il s’était simplement s’agit de graviers et de brins d’herbe. Le monstre était de la couleur d’un glacier, bleu glacé et gris de roche. Sa peau n’était qu’un immense réseau de crevasses qui s’ouvraient et se refermaient au grès de ses ondulations. Soudain la gueule du monstre s’ouvrit sur une caverne couverte entièrement de stalactites de glaces acérées et la bête poussa son horrible cri, mêlant le tonnerre d’une avalanche déferlante et les crissements des glaciers lors des grandes fontes d’été.

Brek-Zerba ne savait pas quoi faire. Certes il ne manquait pas de courage mais que pouvait-il faire avec sa lance et sa hache face à une telle créature. D’autant plus que le froid à proximité de la bête était insoutenable, comme si la créature absorbait toute la chaleur alentour, et Brek-Zerba connaissait les dangers d’un tel froid sur ses membres qui commençaient déjà à s’engourdir.
Il fallait agir rapidement car le monstre descendait lentement vers le fond de la vallée et serait bientôt à porté du village. Brek-Zerba savait où trouver de l’aide : chez le petit frère Jami’Fra qui vivait en ermitage sur le flanc ouest du col de Rejkäl. Il courut aussi vite que le vent et arriva bientôt au pied d’un vieux barhale millénaire dans les branches duquel le vieil ermite Gobelyn avait installé sa retraite.
- « Petit frère, Petit frère ! Toi ici ? Vite vite, moi besoin d’aide !
- Brek-Zerba, c’est toi ? Tant d’agitation trouble ma méditation, je te le répète depuis que tu es en âge de venir trainer dans mes jambes… » Jami’Fra avait dit cela d’un ton faussement agacé tout en désescaladant le tronc tortueux de son barhale comme si il s’agissait d’un simple escalier. Lorsqu’il vit l’allure échevelée par la course et le regard grave de Brek-Zerba, il comprit que cette visite ne devait rien à la courtoisie. « Mon ami que se passe-t-il donc ? »
- Brek-Zerba avoir besoin d’aide, Petit-Frère. Grand-Serpent-Glace-Mange-Chaleur descendre sur village. Moi pas pouvoir stopper lui avec hache et lance !
- Le glaciarque s’est donc réveillé, répondit le Gobelyn, imperturbable.
- Glaciarque être nom Serpent-Glace ? Comme nom montagne ? » Interrogea Brek-Zerba en pointant l’Aire du Glaciarque, le plus haut sommet de la région.
- Sache mon jeune ami que chaque nom à son origine et l’Aire du Glaciarque ne déroge pas à la règle. Les Glaciarques sont, à l’instar des Fauniarques et des Mugiarques, des créatures élémentaires. Comme tu as pu le constater, ils sont faits de glace et se nourrissent de chaleur pure. Ils peuvent dormir pendant des milliers d’années dans leur retraite mais il leur arrive de se réveiller pour manger. Ils descendent alors dans les vallées et absorbent toute la chaleur qu’ils trouvent sur leur passage, qu’elle vienne de la roche, des arbres ou des animaux comme toi et moi. Les plus anciennes légendes racontent d’ailleurs que les Passes des Terres de Saihan furent creusées il y a fort longtemps par les errances des glaciarques qui pullulaient alors sur ces terres.
- Village en danger. Brek-Zerba devoir arrêter glaciarque vite ! Brek-Zerba pas peur, être plus grand chasseur du clan mais Brek-Zerba pas savoir comment tuer serpent-glace gros comme rivière.
- Il n’y a qu’un seul moyen de tuer un glaciarque, il faut briser son cœur mais cela est quasiment irréalisable.
- Brek-Zerba avoir percé cœur de nombreuses proies. Lance de Brek-Zerba puissante et précise !
- Oui, mon ami, je ne doute en aucun cas de ta vaillance mais le cœur d’un glaciarque est inatteignable de l’extérieur, caché qu’il est sous des mètres de glaces. Pour le briser, il te faudra pénétrer à l’intérieur du monstre et en cela je peux t’aider. Nous n’avons pas une seconde à perdre, mon ami, montre moi le chemin, je vais t’aider.
Ainsi Brek-Zerba montra le chemin à Jami’Fra qui, malgré sont grand âge, sut suivre le guerrier Fymir sans mal tout en lui expliquant son plan. Arrivés sur les lieux, ils se rendirent compte que le glaciarque avait déjà parcouru plus de la moitié du chemin qui le séparait du village. Le temps pressait.

Tout d’abord, il fallait que le monstre ouvre sa gueule pour laisser Brek-Zerba y pénétrer. Alors, le Fymir suivit les conseils du petit frère. En aval, il entassa un énorme tas de branches charriées par les crues du printemps. Lorsqu’il finit, la neige tombait déjà drue et la proximité du monstre lui insufflait un froid terrible dans ses membres. Pour le protéger du souffle glaciale du serpent, Jami’Fra appela à lui les pouvoir du Magyon. Autour de Brek-Zerba se forma un tourbillon de feuille morte, de tourbe et de lichen et le Fymir se retrouva bientôt engoncé dans une armure organique qui le faisait ressembler à un petit fauniarque à quatre pattes.
- Cette armure de compost te tiendra au chaud quelques temps mais tu devras faire vite. Très vite. Mon ami, je ne peux malheureusement plus rien pour t’aider. Je courre prévenir les tiens du danger qui les menace. Bonne chance à toi.
- Brek-Zerba pas besoin chance, petit frère. Brek-Zerba avoir sa hache, sa lance et son courage pour tuer.
- Oui, mon ami, je n’en doute pas un instant, acquiesça le gobelyn. Soit rapide, précis et prudent et nous nous reverrons bientôt.

Brek-Zerba se retrouva alors seul dans le vallon à attendre le monstre. Celui-ci ne tarda pas. Il déboucha comme une lente avalanche implacable en broyant ou dévorant tout ce qui entravait sa marche. Alors, Brek-Zerba alluma le grand tas de branche qu’il avait pris soin de construire. Bien vite, le bois sec se transforma en un grand brasier ardent. Le glaciarque sentit aussitôt le festin qui lui était offert. Il ouvrit grand sa gueule et poussa un hurlement tonitruant. Sans hésiter une seconde, Brek-Zerba s’élança. En quelques foulées, il atteignit les lèvres du monstre et bondit. Avant d’atterrir, il faucha de sa hache les stalactites qui lui barrait le passage et ainsi, à coup de grands moulinets, il se traça une route vers les profondeurs du monstre. Mais le glaciarque pouvait sentir la douleur et il referma d’un coup sec sa gueule en sentant les coups furieux du Fymir en train de ravager sa bouche. Trop tard, Brek-Zerba était déjà profondément enfoncé dans le tunnel de glace : il avait réussi à échapper aux crocs du monstre.

Enfermé dans le corps du Glaciarque, il mit quelques instants à s’habituer à la pénombre bleuté qui filtrait des parois de son ennemi. Lorsqu’il fut assuré de voir où il marchait dans le capharnaüm de rochers, de branches et de tessons de glace qui tapissait le ventre du titan, il avança à grand pas assuré malgré les tremblements du sol qui prouvait que le monstre avait repris sa descente vers le village. Il s’aidait parfois de sa hache pour dégager le chemin et de sa lance pour assurer ses pas au milieu des décombres accumulés. Il marcha ainsi ce qui lui parut une éternité. Il sentait son armure devenir de plus en plus rigide et le froid s’infiltrer sournoisement dans tout son corps, mais Brek-Zerba était furieux de savoir son clan en danger et sa colère brulait si fort que le froid du monstre ne pouvait rien contre lui.

Soudain, au détour du boyau sinueux, Brek-Zerba aperçut une lumière rosée qui se reflétait sur les parois glacées. Il atteignait enfin son but ! Le cœur du monstre était là : un cristal si gros que trois fymirs auraient eu du mal à en faire le tour en se tenant à bout de bras. Il palpitait d’une douce lumière chaude et apaisante. D’ailleurs, ici, la température était tout à fait supportable et il y avait même autour du cœur une grande flaque d’eau liquide qui formait comme un petit étang. Toute la chaleur absorbée par le monstre devait se retrouver ici, acheminée par toutes ces branches de cristal qui, elles aussi, palpitaient d’une douce lumière rosée en convergeant vers le cœur.

Brek-Zerba trouva cela très beau et très paisible. Il se rappela ce que lui avait dit le petit frère. Ce cœur devait avoir plusieurs milliers d’années, un âge plus vieux encore que celui de Jami’Fra et même de tout le peuple des petits frères, mais son clan était en danger et il était de son devoir de le protéger. Il se rappela de l’aspect monstrueux de la gueule du glaciarque, de tous les animaux qui avaient fuient devant lui et de tous les arbres et les plantes qui étaient morts à cause de sa présence. Cela emplit le cœur de Brek-Zerba de colère et de vaillance. Il souleva très haut sa lourde hache et, poussant le grand cri de guerre de son clan, il abattit son arme de toutes ses forces sur le joyau palpitant. Le choc fut terrible et résonna en écho dans tout le corps du monstre. D’abord, Brek-Zerba crut que le cœur n’avait subit aucun dégât. Puis il remarqua que sa hache avait laissé un profond impacte dans le cristal. Un rugissement de douleur remonta alors le long du tunnel, plus terrible que tous ce qu’avait jamais entendu Brek-Zerba. Toute la grotte fut agitée de violentes secousses qui firent décoller le courageux Fymir du sol. Alors, une fissure commença à se propager le long du cristal. En même temps, un jet de vapeur brulant s’en échappait en sifflant comme une panthère enragé. Le cœur allait libérer toute la chaleur accumulée !

Brek-Zerba sentit le danger. Il prit immédiatement la direction de la sortie, traversant les obstacles comme un boulet d’artillerie. Derrière lui, alors qu’il apercevait enfin la gueule du monstre hurlant et, au-delà, la vallée couverte de neige fraiche, une énorme explosion retentit. Le souffle brulant dégagé par l’explosion du cœur du glaciarque le rattrapa dans l’instant, et c’est projeté dans les airs qu’il franchit les crocs du titan agonisant. Il atterrit lourdement dans une frondaison de souples herbarbes qui amortit sa chute. Heureusement les branches déversèrent toute la neige qu’elles avaient accumulée sur l’armure de Brek-Zerba car celle-ci avait pris feu dans le souffle ardent.

Brek-Zerba se releva vite malgré les blessures accumulées dans sa fuite. Il fut fier de constaté que le glaciarque n’était plus maintenant qu’un long monticule de blocs de glace fumants. Il avait réussi, son village était sauvé !

Lorsqu’il arriva au pied des grottes du clan, tous l’attendait debout dans la neige. Son père, le Calim-Gorun, à côté de Jami’Fra. Une grande acclamation éclata soudain et tous vinrent le saluer et l’étreindre. Alors, le Calim-Gorun demanda le silence et il s’adressa à son fils en ces mots :
- Brek-Zerba avoir combattu monstre légendaire. Brek-Zerba avoir fait preuve de courage et de sagesse pour sauver son clan. Moi avoir cœur emplit de fierté infinie pour mon fils. Ce jour, moi décidé à renoncer à titre de Calim-Gorun pour honorer courage de Brek-Zerba. Brek-Zerba avoir gagné honneur être Calim-Gorun du clan !

Alors les acclamations reprirent de plus belle et toute la journée et toute la soirée, les fymirs du clan fêtèrent la victoire de leur nouveau Calim-Gorun par un grand festin. Brek-Zerba était, de mémoire de Fymir, le plus jeune Calim-Gorun que le clan ait jamais connu, et, sous sa protection, celui prospéra et ne connu jamais le danger.


- Repos du guerrier sur toi, fils. Rêver courage et bravoure, chuchota le père Fymir à son enfant.
- Moi pas peur, Popi, moi aussi brave que Brek-Zerba, répondit l’enfant d’une voix fière bien que déjà engourdie par le sommeil.
- Moi savoir toi plus brave encore. Maintenant toi dormir, répondit le père en enfouissant son fils sous les fourrures et souffler la lanterne.

FIN Very Happy
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MessagePosté le : Dim Juil 01, 2012 4:29 pm    Sujet du message : Répondre en citant

Nhaderil

Citation :
La Tour :
"Un chemin de ronde ne permet qu'à l'infanterie de défendre un château, mais la construction de tours de siège, rondes ou carrées, permet de placer des engins de siège depuis les hauteurs, et de bombarder l'ennemi avec une puissance de feu bien plus grande !"


Depuis le sommet (réédition)

Son nom était Jalim, mais on l’appelait Sbiff. Il ne savait pas pourquoi on l’appelait comme ça d’ailleurs, ça n’avait rien à voir avec son vrai nom, mais il aimait bien quand même. Sbiff. En fait, seuls ceux qu’il aimait beaucoup l’appelaient comme ça, alors ça le faisait sourire tout de suite, dès qu’il entendait au loin « Sbiff », il savait que dès qu’il se retournerait, il verrait un visage amical, tout sourire lui aussi. Orgênok le Fymir dégingandé, tout grand avec son gros œil au milieu du front, et qui marchait en faisant un petit bond à chaque pas, la tête en avant, l’œil en l’air, à regarder les nuages. Ou bien Zoltan, qui était maintenant sous-régisseur de l’hôpital. Il était gentil, Zoltan, et sage aussi, il s’attardait et parlait avec lui pendant quelques minutes, à chaque fois qu’il faisait sa visite d’inspection en haut des Tours. Et puis, il y avait Frijo…


Depuis son sommet, comme il l’appelait (et ce n’était d’ailleurs qu’à moitié vrai, à cause du collègue, donc il n’avait qu’une moitié de sommet, une moitié de tour pour lui tout seul), il pouvait embrasser du regard toute la région, pratiquement. Bon, certes, on ne voyait que les cimes les plus proches de Contreforts, vers le Nord, et à peine un petit bout de neige qui recouvrait les Glaciers Mugissants, derrière eux. Mais le mieux, le plus beau de tous les paysages, et c’était pour ça que c’était son sommet, parce qu’il ne voulait le laisser pour rien au monde, c’étaient les plaines, avec le fleuve qui les entrecoupaient et qui filait vers Dûn, ces plaines si riches et calmes, ces collines bienveillantes, et qui s’étendaient aux pieds de la forteresse, et dont l’herbe toujours vivace se secouait par saccade, sans jamais s’arrêter, sur des kilomètres et des kilomètres, traçant à une gigantesque échelle des figures fugitives que seul le vent pouvait manipuler, et que lui seul pouvait happer du regard, pendant un seul instant… Et tenter d’en conserver l’image à jamais ; ou au moins jusqu’à son heure de repos, où il noircissait son carnet de tracés improbables qu’il avait pu observer. Enfin, lui seul, et les cent-quatre-vingt-dix-neuf autres tours, et leurs préposés aux Rasägnards. 199, il le savait, parce qu’il comptait les tours chaque matin, quand il prenait son service. Pour être sûr que tout était bien en ordre, ça le rassurait. Mais bon, il était persuadé que depuis son sommet à lui, on voyait encore mieux que les autres les Plaines des Vents.


Frijo, c’était un jeune Gobelame qui se distinguait de tous les autres, parce que quand il s’entraînait à la Danse des Lames avec sa section, dans la cour des baraquements, ou bien parfois à l’extérieur de l’enceinte, on ne voyait que lui tellement il était doué. Il mettait toujours un foulard turquoise autour de ses fourreaux, comme ça on ne le loupait jamais ; mais même sans ça, tout le monde était subjugué. Il arrivait à faire des bonds tellement légers qu’il avait l’air de ne jamais atterrir vraiment, et ses mouvements étaient encore plus fluides que pouvait l’être son kimono de soie. Et Frijo, quand il ne se perfectionnait pas, il flânait sans but le long des murailles ou allait rendre visite à Zoltan, dans l’hôpital qui jouxtait le baraquement, et il était aussi très gentil avec lui. Mais il ne pouvait pas aller grimper les mille marches, pour rendre visite à Sbiff, parce que maintenant, à Karân, c’était la guerre, et que l’ordre avait été donné, tout le monde devait être à son poste, et interdit d’encombrer les voies de communication. Orgenôk avait dit ce jour-là, qu’être en guerre, ça empêchait pas de communiquer, alors qu’on arrête de lui dire qu’il encombrait tout le temps. Jalim lui expliqua alors que voie de communication, c’étaient les lieux de passages, les routes, tout ça. Alors le Fymir avait demandé pourquoi on disait pas tout simplement lieu de passage, parce qu’au moins ce serait clair, et Jalim lui avait répondu qu’il savait pas pourquoi mais que ça aurait été effectivement mieux.
En tout cas, Frijo ne pouvait pas traînailler aux alentours du donjon. Mais il tenait beaucoup à voir tout depuis la tour, depuis le sommet de Sbiff, surtout vers le Sud, parce que vers le Sud, le vent dessinait sur la plaine pour ceux qui savaient regarder. Alors, comme il ne pouvait pas monter, il criait parfois « Sbiff, Sbiff, es-tu là-haut ? Ohé ? » et Jalim répondait « Oui, je suis là, je t’entend ! » « Dis-moi Sbiff, qu’est-ce que tu vois ? Tu vois quoi de là-haut, dis ? » Et Jalim se relevait, tout penché qu’il était sur le bord de la corniche, marquait une pause, et se laissait imprégner par l’horizon, par le soleil sur sa peau tannée, par le vent taquin et les merveilles que le monde lui offrait devant les yeux. « Je vois l’œuvre du Magyön, si vivant, à nos pieds ! » criait-il. « Les plaines me font signe du bout de leur chevelure verdoyante, et le soleil miroite tant sur le fleuve qu’on le croirait fait d’or pur ! » « Oh, j’aimerais être là-haut avec toi » répondait-il parfois, frustration et envie se mêlant dans sa gorge. « Peut-être le mois prochain ? » « Oui, au mois prochain, j’espère ! » lançait Jalim, qui retournait à ses tâches quotidiennes. Le mois prochain, ce serait bien, en plus au printemps, la plaine se couvre de fleurs et de couleurs, blanc, jaune vif et jaune doux, comme si la plaine voulait montrer tout son raffinement en mariant élégamment le vert profond aux teintes solaires…


« Il faudrait huiler les rambions, et vite fait », fit Walaq, l’autre préposé au Rasägnard, son collègue. « Et puis comme il a plu hier, il faudrait aussi passer le réservoir de dagues en revue, vérifier qu’il n’y ait pas de rouille, tout ça... » Il faudrait, ça voulait dire que c’était le travail de Jalim ; il était Chargeur, et Walaq était Viseur-Tireur. Un duo comme ça était affecté à chaque Rasägnard, et il y en avait 200, un pour chacune des tours de Kzïll Läm Rocre. Jalim aurait tellement voulu être Viseur-Tireur… Il aurait pu avoir une excuse pour regarder tout le temps au-dessus du muret, rêvasser toute la journée et même peut-être sortir ostensiblement son carnet, et prétendre faire des plans pour améliorer ce bon vieil engin qu’il soumettra au Maître de Siège la prochaine fois qu’il passera par la citadelle, alors qu’en fait, il ne ferait que traduire les doux messages de la nature, dans ses croquis… Mais Walaq voyait bigrement bien, 100 fois mieux que son camarade Chargeur, et tous deux le savaient très bien. Et on obtenait ce poste en fonction des aptitudes de visée et de vue à distance. Un test que Jalim avait lui-même passé, et n’en avait obtenu que des résultats plutôt décevants. Walaq se plaisait souvent à dire que, s’il avait été plus grand et plus costaud, il aurait pu être accepté chez les Griselyns, ceux qui voient mieux la réalité que le commun des Gobelyns. C’était totalement faux, les Griselyns naissaient aveugles, et ils n’avaient pas besoin d’yeux pour voir les choses de loin, de par le fait, parce qu’ils sentaient les choses. En tout cas, Jalim trouvait bien dommage que celui qui était assis sur le siège de Viseur ne daigne même pas honorer le paysage d’un regard. « Je suis attentif aux détails, moi, » se targuait-il, « je fais attention à l’oiseau qui vole à quatre lieues d’ici, et je pourrais même te dire quelle espèce c’était, enfin, si je m’intéressais aux oiseaux. »


Ce jour-là, un jour de printemps, il avait pris son service à l’aube, et avait découvert un zylfèx bleu, sauvage, les plumes toutes retroussées par le vent, en train de donner des petits coups de bec sur les jointures en métal de l’engin, ça faisait un curieux bruit, il trouvait ça amusant… Et il était resté là sans bruit, sans même bouger, assis sur l’avant-dernière marche de la tour, à regarder le petit oiseau jouer son singulier requiem de cliquetis. Puis il y avait eu un coup de corne de brume, loin en bas, et l’oiseau s’était envolé, perturbé par cette rupture si radicale du silence alentours. Jalim s’était penché et avait pu constater beaucoup d’effervescence dans l’enceinte. Avec le soleil qui avait à peine commencé à jaillir de l’horizon, les guerriers qui s’affairaient au pied de la tour, revêtus de leurs armures d’obscurne, étaient semblables à des ombres, anonymes dans leur agitation. Une petite touche turquoise se détacha de ces ombres, et s’enquit: « Sbiff, Sbiff, es-tu réveillé ? » « Oui oui, je suis là-haut, qu’est-ce qui se passe en bas ? » lâcha-t-il, frissonnant, dans l’air froid du matin, « il n’y a pas d’armée aux environs, il n’y a personne ! » « Certes, mais un message a été intercepté, et le gouverneur part sur le champ, vers l’Est, pour protéger nos frères qui sont pris à revers ! » fit la jeune voix, qui frissonnait, elle aussi. « Tous ceux de ma caste, les cavaliers, et mêmes les carabins ont été réquisitionnés ! Dis-moi, Sbiff, qu’est-ce que tu vois ? » Alors Jalim se releva et porta son regard vers l’Est, et vers le soleil qui se levait paresseusement, sans le moindre nuage pour oser se mettre sur sa route. Le vent était tombé, les plaines au Sud retenaient leur souffle, et le fleuve était sombre comme l’obscurne. « Je vois qu’un jour bien particulier se lève sur le castel, et que rien n’empêchera le soleil de briller aujourd’hui ! Le Magyön lui-même semble s’armer avec vous, délaissant les herbes mais allégeant nos bras ! Qu’il t’accompagne où que tu ailles, Frijo ! » « Et qu’il te tienne compagnie, du haut de ta cime ! Si la guerre se finit vite, peut-être qu’au mois prochain, ou bien dans deux mois, je pourrais revenir et monter tout là-haut, hein ? » « Oui, je l’espère de tout cœur. Alors va, maintenant, et sois brave ! Personne n’égale Frijo, le combattant Turquoise ! » Il eut pour toute réponse un rire gai et léger, puis l’écho des charrettes que l’on charge et les sabots de chevaux foulant la terre glacée.


Un mois et demi plus tard, le gouverneur était rentré, en pleine nuit, avec son escorte… Ou ce qu’il en restait. Des cavaliers, seulement une dizaine étaient entiers, chevauchant des montures épuisées et noires de boue. Les carabins avaient été plus chanceux, même si un grand nombre avaient été blessés. Zoltan était parmi ceux-là, et s’empressait déjà de donner des ordres à ses suivants afin que tous bénéficient de soins au plus vite.
Mais, des fiers guerriers vêtus d’obscurne, il n’en restait aucun.


Et aujourd’hui est un jour qui aurait dû annoncer l'été; mais il n'en était rien. Et Jalim, que ses amis nommaient Sbiff, murmura pour lui-même, du haut de son sommet, les yeux perdus vers l’Est et ce qui en montait : « Sbiff, que vois-tu de là-haut ?... »


Je vois les nuages noirs s’amonceler au-dessus de nos têtes et couvrir le ciel où que regard se porte.
Ils se gorgent de sang et pleurent d’amères larmes de douleur.
J’ai froid, j’ai si froid, et le vent se lève, cruel et implacable, portant avec lui la terrible rumeur jusqu’à mes oreilles.
Je vois la hideuse nuée d’immenses charognards qui s’épanouit autour de ce cortège de meurtriers. Et ils avancent, si lentement, mais aussi sûrement que les nuages de mort s’accumulent avec leur approche, les lourdes roues de leur machines goguenardes s’enfonçant dans la boue.





Que pouvons-nous, que sommes nous, quand même le Magyön lui-même ne peut stopper l’abject qui réclame notre sang pour tribut ?
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aziraphale
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MessagePosté le : Lun Sep 17, 2012 8:10 am    Sujet du message : Répondre en citant

Kolaru, infanterie légère, les Déchus.

On remarquera que mes deux derniers textes de BG visent autant à gagner des bonus trop cool pour flaner du gob que de planter la personnalité de Kolaru (et sans doute par la suite d'Ao et de Detoi).

Citation :
On raconte que les Déchus seraient les derniers survivants d'un peuple oublié de tous. On raconte qu'Ils seraient aussi anciens que la naissance des gobelyns sur les Terres de Saïhan. On raconte que les Sharras sauraient qui Ils sont en vérité, et que le secret des Aëwills n'en serait pas un pour Eux. On raconte des choses sur une guerre... une guerre effroyable... une guerre née à l'Ouest...



C'était alors que je supervisais la construction d'un réseau de fortifications et de ravitaillement dans la marche des Déchus. Au demeurant, ce travail aurait mieux convenu à mon vieil oncle Detoi, qui porte sa préférence à l'architecture ; quant à moi, mon intérêt allait au lien ab-humain que l'on peut tisser avec certaines créatures du Magyön et pour lequel je me suis découvert un don à l’école impériale. En contraste avec mes médiocre, pour un chevalier Lyre, talents de guerrier, mon affinité avec les êtres différents semble quasiment sans limite ; lors d'un voyage à Wysfäll, avant la grande guerre, remarquant cela –et le simple souvenir du compliment me rend fier – on me dit que j'étais « presque Sylkion ».

Pour en revenir à ma tâche, laborieuse, de cette période, elle nécessitait de nombreux déplacements de ma part entre les différents centres névralgiques de ce réseau défensif. La zone était globalement sécurisée, alors seule une escorte réduite, une trentaine de guerriers, m'accompagnait lors de mes trajets à dos de wadgoryls. Ce moyen de transport était de toute manière extrêmement sûr, même plaisant, cachés que l'on est dans les frondaisons touffues et brumeuses des marais, isolés des troupes au sol et dissimulés aux yeux des monstres écumant les cieux blafards.

Cela arriva lors d'un de ces déplacements. Je n'entendis rien, je ne vis rien ; j'étais deux fois embrumé, par la confiance et par le brouillard. Je vis subitement un compagnon, à droite, puis aussitôt à gauche, disparaître, arrêtes nets dans leur course par un bruissement indéfinissable et un craquement d'armure brisée. J'eus le réflexe désespéré de me jeter en bas de ma monture pour aller m'écraser sur le sol, quelques mètres plus bas, bien vite debout la lame au clair et le bouclier bien calé.

Quelques ombres de corps démembrés traversèrent alors la brume autours de moi, quelques débris de soldats qui sombrèrent avec un sinistre étouffement dans la fange. Un demi wadgoryl vint même m'éclabousser, mais j'étais alors aussi aiguisé que possible : je perçus un léger chuintement dans mon dos et opposait aussitôt mon écu. Le choc fut terrible, mon bras et ma colonne vertébrale résonnèrent au son clair qu'il produisit. Sonné, je balayai l'air de mon bras armé, obligeant mon adversaire à reculer. Relevant la tête, je ne distinguais que sa silhouette, mais je reconnu immédiatement son sabre et son couvre-chef absurde, j'avais un Déchu en face de moi.

Je serrai les dents et raffermis ma prise sur mon arme. Je ne suis pas Ogmûrion, je ne peux vaincre seul un être aussi exceptionnel et légendaire. Je pourrais tout juste le retenir quelques minutes, mais peut-être, me dis-je à ce moment, que ce serait suffisant pour survivre ce jour-là. En effet, si je ne suis ni Tharoan, ni Kalarios, je n'en mérite pas moins mon titre de Lyre bestilige, comme je l'ai expliqué plus haut. A ce moment je sentais effectivement, au fond de moi, que les êtres ab-humains de mes armées avaient entendu mon Appel et se ruaient à mon secours. Colosses, armodons, wadgoryls, tous. Les noctans en particulier allaient arriver rapidement.

Le Déchu en était parfaitement conscient, je le sentais aussi. J'entr'aperçus un sourire dans sa voix lorsqu'il dit :

« Presque Sylkion, en effet. Et bel exploit : faire courir des colosses pourpres... »

Puis il s'en fut dans le brouillard.
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