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Catégorie libre BG approved

 
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Oracle
Lord


Inscrit le: 28 Juin 2012
Messages: 309

MessagePosté le : Mar Avr 30, 2013 7:38 am    Sujet du message : Catégorie libre BG approved Répondre en citant

Catégorie libre BG Approved

Une nouvelle catégorie plus "libre" fait son apparition dans le concours (2013)



Vous pouvez poster ici un texte en rapport avec Saihan, mais ça peut très bien être une image ou une vidéo !
L'important, c'est que chaque personne y mette son RP/texte de BG favori (1 par personne, règles usuelles), pour le confronter aux autres, sans restriction, du moment que c'est à propos, et dans le BG de Saihan.

Chaque vainqueur de session verra son œuvre rejoindre le Hall of Fame, et une récompense attribuant un bonus de +10% de moral permanent (permettant éventuellement de dépasser les 100%, donc).

Pour retourner à la page du concours, cliquez ici
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Helian Liadon
Vassal


Inscrit le: 06 Avr 2011
Messages: 678
Localisation: Rerum

MessagePosté le : Dim Mai 19, 2013 6:32 pm    Sujet du message : Répondre en citant

- Toi, là ! Bouge pas !

Une silhouette s’arrêta dans un cliquetis métallique. Un soupir résigné se fit entendre.

- Tu fous quoi ici ? C’est interdit.

Le Loup qui venait d’interpeler l’intrus empoigna son arme, qu’il dégaina. D’une taille plutôt grande pour quelqu’un de son peuple, il était torse nu et les jambes découvertes, ne portant que l’équivalent d’un grand pagne en peau de rhinogre. Exceptionnellement velu même pour sa race, ses muscles proéminents et ses nombreuses balafres et cicatrices visibles au travers des poils renforçaient l’impression première qu’offraient l’odeur de son haleine alcoolisée et son rictus féroce. Une brute. Pire encore. Un Guerrier Liadon de Melkion.

- Tu vas répondre ? Je vais t’écraser !

Le terme était mal choisi. Dégrafant la cape ample qui recouvrait ses habits, l’intrus révéla une armure de plates écarlate presque complète. Seul manquait le casque. Des cheveux lissés grisonnants durcissaient déjà un visage déjà sévère. Du dos dépassait la longue poignée d’une épée bâtarde, vers laquelle s’approchait déjà patiemment une main gantelée.

- Comment t’es arrivé ici, l’elfe ? Réponds ou je te tranche !

La main droite du Daronoan était déjà sur l’arme. À la lueur d’une torche étincela un joyau bleu. Un saphir taillé.

- Je suis le Baron Ôcre, serviteur du Clan. Le Serment de mon ancêtre fait de moi l’esclave personnel de Liadon. Lever la main sur moi, c’est attenter à ton Clan, stupide Guerrier.

La brute tiqua. Il en avait entendu parler et avait eu des ordres. Tout comme il lui avait été demandé de ne laisser personne entrer ici. Cependant, il n’hésita pas.

- Peut-être, mais ta tête me revient pas. T’es juste un elfe qui essaye de me tromper. Et tu vas crever.

Deux lames chuintèrent simultanément en sortant de leurs fourreaux. Le loup, brandissant une claymore, se jeta sur son adversaire en beuglant. Impassible, le Baron repoussa sèchement la lame avec son épée, ce qui désorienta le garde, peu habitué à voir quelqu’un rivaliser de force avec lui. D'un coup de taille nonchalant, il infligea une profonde estafilade dans la poitrine du Guerrier. Sans perdre son temps, il laissa son adversaire s'effondrer, sans chercher à l'achever. Il importait peu.

Piètres combattants. Une lueur méprisante et furieuse brilla dans les yeux du Baron. Le Clan était donc tombé si bas… Il n’était que temps de le relever. Relever… Mû par une inspiration subite, le pourpre contempla l’intérieur de la tour qui le surplombait.
Des escaliers longeaient les murs de la tour qui faisait pourtant une cinquantaine de mètres de diamètre, s’élevant lentement vers les hauteurs incalculables du bâtiment. L’intérieur était somptueusement vide, les parois plus lisses qu’un miroir poli, leur noir d’obsidienne masquant tout détail, gommant tout relief distant de plus de quelques mètres. Seul scintillait le sol éclairé par la lumière du matin que laissait passer l’entrée sans porte, haute de trois mètres.
Dans un coin étaient déposées des affaires en vrac : une couchette sale, un repas copieux et de piètre qualité, et… Ce que cherchait l’elfe. Une torche et un allume-feu.

Le Baron leva les yeux. La torche lui permettait de voir un peu plus haut. Et tout était comme dans les récits. Une monotonie que rien ne semblait pouvoir trahir, une régularité effrayante… Et une obscurité maîtresse. Au-delà d’une dizaine de mètres, tout replongeait dans les ténèbres, tout retournait au néant. Jusqu’à ce qu’il s’en approche, et que de nouvelles marches s’offrent à lui tandis que les précédentes s’effaçaient.
Il savait ce qui l’attendait. L’édifice mesurait environ quatre cent mètres de haut, selon les estimations. La torche ne durerait qu’une heure, contrairement à son ascension. La réconfortante chaleur solaire ne l’accompagnerait qu’à peine quelques petites minutes. Puis ce serait le feu de sa torche qui lui révèlerait les marches au pavé étoilé par les dernières ressources de la lumière. Et, après une heure de progression imperceptible, la nuit reprendrait ses droits, et seule l’habitude, le toucher et l’instinct guideraient ses pas vers les trop étroits supports de l’édifice. Une lutte constante. Une lutte calme, une lutte interminable, une lutte désespérée pour la vie. Pour la survie. La lutte primordiale. Une lutte physique, alors que ses jambes faibliraient sous son propre poids sans même qu’il sache après combien de temps, après quelle distance parcourue, pour l’entraîner hors des marches, et fracasser son corps sur la pierre. Une lutte morale, alors que son esprit troublé lui ordonnerait de s’arrêter, de s’effondrer, de céder. De se rendre. Mais il devrait continuer. Gravir patiemment ce chemin vers la renaissance. Au début de son odyssée, il abandonnerait sa vie, son existence, pour en récupérer une autre au sommet, des mains d’une lueur prometteuse, qui le guiderait vers l’ultime hauteur, vers le ciel. Vers le soleil.
Et c’est cette nouvelle vie qui brillerait tel un phare. Ces nouveaux yeux qui contempleront le monde. Ce nouveau souffle qui réveillerait le Cor.
Alors se répandrait la musique douce, impitoyable et resplendissante. La musique du Renouveau.

-----------------------------

L’archer était assis nonchalamment sur la muraille, ses jambes pendant dans le vide. À une bonne centaine de mètres du sol. Il tourna la tête vers le nouvel arrivant, tout sourire.
« Tu es un nouveau, pas vrai, demanda-t-il sans attendre de réponse. Encore un qu’on m’envoie pour qu’il découvre la Cité. Approche-toi, cela ne me dérange pas de réciter à nouveau les mêmes histoires. Il paraît que certains m’écoutent, et qui sait ? Peut-être cela leur servira-t-il. »
Le concerné, un jeune Loup drapé dans d’amples vêtements, et portant un arc en bandoulière, fit quelques pas en avant, se situant juste derrière le conteur.
« Pas très loquace, hein ? Pas bien grave, tu es ici pour écouter, dit légèrement le vieux soldat. D’abord, il faut que tu saches que je ne suis pas un Loup, comme vous autres. Non, je suis un Humain. J’habitais non loin d’ici dans les Falaises, et étant jeune, j’ai décidé de venir ici, intrigué par cette Cité à la fois si fière et si discrète. Je me suis vite aperçu que les gens de mon âge n’avaient pas les mêmes centres d’intérêts. Moi, combattre me terrifie plus qu’autre chose. C’était la connaissance que j’étais venu chercher. Il faut dire que mon père devait être un ancien érudit, car c’est lui qui m’a appris à lire. Alors quand je suis arrivé ici, je n’ai pas perdu mon temps, et je me suis rué vers la bibliothèque.
« Car oui, cette ville en renferme une, étonnamment. Seulement elle est située dans les Quartiers Ôcres, au sein du Palais. Alors j’ai vite été rejeté, tu vois. Seulement j’étais, comme beaucoup pour cette fois, plutôt têtu. Alors je suis revenu une deuxième fois. Puis une troisième. Le garde avait beau avoir été choisi pour sa patience, j’ai alors compris qu’il venait de la perdre. J’aurais fini en rondelles si l’Esclave Pourpre n’était pas passé par là. Il faut croire qu’il a vraiment été surpris de voir quelqu’un capable de lire, le voulant, et humain par-dessus le marché, car il m’a laissé entrer et consulter les ouvrages.
« Seulement il m’a également fait comprendre qu’il n’avait pas l’intention de laisser un parasite rôder dans ses Quartiers. Alors je suis entré dans la garnison. Par chance, je n’étais pas trop exécrable à l’arc, tout en étant suffisamment mauvais pour que le recruteur comprenne que la place que je demandais était toute justifiée : archer sur les murailles du Palais. Ça, c’était pour pouvoir subsister et profiter d’une vue splendide sur la ville. Pour compenser ma libre entrée à la Bibliothèque, j’ai décidé d’instruire les crétins comme toi et moi qui s’engagent. J’aurais pu devenir scribe ou même un des auteurs des livres de cette Bibliothèque, mais j’étais fait pour lire, pas pour écrire.
« Ça, c’est la raison de ma présence ici. Maintenant, je vais entrer dans le vif du sujet. Tout d’abord, sache que la Cité a été fondée par le premier Dominant du Clan, Liadon. Cet être extraordinaire semblait capable de tout : grand guerrier, stratège redoutable, chef charismatique, mais surtout meneur d’intrigues redoutable. La moitié de la Cité a été construite sous son règne : le Palais entièrement, ainsi que le Haut Secteur, qui s’étend près de la Tour-Nuit. En réalité, l’ensemble de la ville, si tu observes bien, est délimité par des quartiers, les Secteurs, ayant la forme de disques concentriques. Ce centre, c’est la Tour-Nuit. Les plus anciens bâtiments sont les proches de celle-ci. Chaque Secteur est bâti par une génération. Du moins, c’est le cas pour les premiers Secteurs. Après, les constructeurs ont progressivement cessé d’obéir au moindre plan, et les formes des Secteurs deviennent de plus en plus chaotiques avec l’éloignement de la Tour.
« Maintenant que j’en ai fini avec les Secteurs, les Murs. Tu es peut-être, comme un certain nombre des habitants, né dans cette ville sans jamais t’être approché de sa sortie. Dans ce cas, sache que la Cité est bâtie dans le centre d’une montagne évidée. Elle n’a qu’une entrée, mais colossale, c’est le Couloir. Long de plusieurs centaines de mètres et taillé avec une perfection surprenante, il est suffisamment large pour permettre à une centaine de charrettes alignées d’y tenir. Il n’y a donc pas grand problème pour l’approvisionnement. Tu auras remarqué que la Cité est à l’air libre : nul ne sait comment exactement, mais la montagne a été évidée jusqu’à son faîte, y compris dans le Couloir. Les murs sur lesquels nous nous tenons ne sont en réalité que des nouveaux creux à l’intérieur de la montagne. C’est pour cela que les murs ne sont hauts que d’une centaine de mètres, tandis que la paroi s’élève bien plus haut que les fortifications de Rorchâl. Ainsi, la Cité est absolument inattaquable par un autre lieu que le Couloir, excepté par la voie des airs, d’où la présence des archers. Nous sommes à hauteur du palais, mais d’autres postes sont creusés à hauteurs régulières, jusqu’au sommet. Evidemment, il paraît possible de tenter de détruire la paroi de la montagne. Seulement c’est peine perdue : seul le cœur de la montagne a été évidé, le roc est donc d’une épaisseur phénoménale. Quant au couloir, il est délimité par deux portes noires colossales, et sont faites du le même matériau que la Tour-Nuit. Nul ne les a jamais ouvertes, car c’est par leurs répliques ne faisant qu’une dizaine de mètres de haut que tous entrent.
« Tu dois, même avec ton intelligence limitée, te demander à présent l’utilité de ces portes trop grandes. Elle est ignorée, car celles-ci n’ont été construites par Liadon ni aucun de ses successeurs. Aussi puissant qu’ait jamais été le Premier Dominant, il n’aurait jamais pu les bâtir, ni elles, ni la tour, ainsi qu’évider la montagne. Les ouvrages de son époque indiquent que tout ceci avait déjà été entrepris avant son arrivée, et que c’est pour cette raison qu’il a décidé de s’installer ici. Qui est à l’origine de tout cela ? Sûrement pas des Daronoans, des Gobelyns, des Humains ou même des Loups. Tous l’ignorent, et il semble vain de tenter de cerner ces êtres : capables d’ouvrir les grandes Portes, de bâtir une Tour d’obscurité, ainsi que la gravir et de redescendre. Ou… qui sait ? Peut-être n’ont-ils eux-mêmes jamais gravi les escaliers de la Tour-Nuit ni ouvert les Portes ?
« Liadon, s’il n’a jamais usé des grandes portes, a toutefois fait de la Tour-Nuit un endroit vital pour le Clan, même si la tradition progressivement oubliée lui a fait perdre ce rôle. En effet, le cor installé à son sommet par les constructeurs de la Tour se fait entendre dans toute la Montagne lorsqu’il est sonné. Liadon a décidé d’utiliser ce cor pour saluer l’avènement de chaque génération. A chaque fois qu’un nouveau Dominant parvenait sur le trône Liadon, son Esclave Pourpre personnel était chargé de gravir les escaliers de la Tour-Nuit et de sonner le cor. Mais cet exploit a été de moins en moins réalisé, et avec le temps s’est perdue cette tradition. On dit que le sonneur était rapporté au pied de la Tour par un nuage d’ombres, et que le son de cet instrument pouvait… »

Le vieil homme se tut. Dans toute la Cité résonnait une note pure. Un appel grave invariant. Un frisson parcourut son dos. Bien que tel ne fut pas son but premier, il insufflait, d’après les légendes, terreur à la vieille génération et espoir à la nouvelle. Un signal. Il venait d’avoir confirmation pour ce qui était de la terreur…
D’une voix qui l’étonna lui-même par sa sérénité, il s’adressa à son auditeur : « J’ai toujours détesté les chutes. Sois miséricordieux. »

Une lame chuinta alors que son porteur la dégainait.

-----------------------------

Tolric grommela.
Ce foutu palais était beaucoup trop grand. Il n’aimait pas ça. Il avait beau ne devoir patrouiller que dans un seul de ses Quartiers, il gardait cette sensation de non-contrôle. Il n’était qu’un Garde Liadon, un Guerrier Liadon de rang supérieur, et n’avait pas à couvrir sa totalité, mais il se sentait beaucoup trop insignifiant par rapport à l’édifice. C’était complètement…
Tolric hésita quelques secondes, avant de trouver le mot.
Démesuré. Le Palais faisait le tour de l’intérieur de la Montagne. Une ville dans la Cité, presque. Il y avait passé la deuxième moitié de sa vie, et il avait déjà la quarantaine passée. Sans jamais en sortir. À garder. Mais garder quoi, de qui ? En plus de vingt ans de service, il ne s’était jamais rien passé ! Des journées toutes pareilles… Lever à l’aube, repas du matin, garde du matin, repas du midi, garde du midi, repas du soir, et alors il était « libre ». Et encore, il avait de la chance. Lui ne faisait pas partie des veilleurs de nuit. Alors il pouvait se réunir avec les gars et s’amuser un peu. Et encore, sans avoir le droit de descendre dans la Cité. Alors ils s’entrainaient et jouaient. Dés, osselets, concours de boisson ou de force ou même d’habileté, frappe-fangeux, et il en passait… Ils avaient au moins l’avantage d’être les privilégiés lorsqu’il y avait du butin laissé par les armées du Clan, et donc des prisonniers. Et, surtout, des prisonnières. Mais même ainsi, la vie était ennuyeuse. Melkion, son Dominant, était peut-être le plus fort d’entre eux et donc le plus disposé à être le chef, mais pourquoi les coinçait-il ici ? Puisque la Garde était composée des plus forts et donc des préférés du Dominant, pourquoi les laisser pourrir dans cette putain de baraque majestueuse ?
Comme si Liadon se foutait d’eux en personne… Ce Palais n’était pas le plus grand lieu du Clan, mais un foutu tombeau, oui ! Il était tellement grand que Tolric était certain de se perdre, s’il sortait de son Quartier, et du chemin menant à celui de la Garde. Par contre, son Quartier à lui, il le connaissait bien, ça oui ! Vingt ans à marcher dans le Quartier des Invités… Un Quartier complètement vide. Il connaissait la moindre de ses salles, la longueur de chaque couloir. Il connaissait son silence, il connaissait son odeur, il connaissait le contact de ses murs… Encore une dizaine d’années et il connaîtrait aussi son goût.

Un bruit. De pas. Pas celui des autres Gardes, il les aurait reconnus. Et puis le bruit était trop différent. Ils étaient plusieurs, beaucoup. Bizarrement, le son était irrégulier, l’empêchant de connaître le nombre des intrus. Mais il se rapprochait. Se divisait. Il comprit. Les intrus devaient former un gros groupe se divisant à chaque couloir. Bizarre…
Il dégaina son arme, une épée à deux mains massive, et fit face à la direction du vacarme. Il les vit alors. Des Loups courant vers lui, armes sorties. Il vit certains bifurquer à un croisement. Il avait raison. Et il tenait enfin l’occasion de s’occuper un peu. Les autres gars s’occuperaient de ceux qui allaient vers eux, et lui écraserait sans peine ces avortons.
Il se mit à courir dans leur direction, savourant chaque instant qui rendait l’impact plus proche. Puis, alors qu’ils n’étaient plus qu’à quelques mètres, ils se jetèrent au sol, pour faire une roulade. Il sentit deux impacts sur son corps. Un à la gorge, l’autre à la poitrine. Des flèches. Des archers avaient profité de la ligne de tir dégagée par la roulade. Il sentit ses jambes se dérober alors que les premiers arrivés les tailladaient. Tolric tomba à genoux, et voulut crier de rage. Aucun son ne s’échappa de sa gorge transpercée. Et une empenne saillait de sa bouche.
Le Garde s’effondra, vite piétiné par des silhouettes fluettes.

-------------------------------

Sans un bruit, les portes majestueuses de la salle du trône s’ouvrirent. Hautes d’une demi-douzaine de mètres, elles étaient le seul accès dans cette salle aux dimensions d’un Quartier. Longue et large de près d’un kilomètre, sa hauteur elle-même était d’une centaine de mètres. Le long des murs étaient disposés des Gardes Liadon, séparés de deux mètres les uns des autres. Sur les piliers réguliers étaient disposées des torches éclairant faiblement la colossale pièce.
Entrèrent alors cinq silhouettes avançant sereinement sur le lisse sol obscur du symbole de la puissance de Liadon. Deux d’entre elles marchaient côte à côte, ouvrant la marche, suivies de près du triangle formé par celles qui les suivaient. Alors qu’ils progressaient vers l’étincelant trône encore invisible à cette distance, la pâle lueur des torches jouait sur leurs formes, sur lesquelles se succédaient lumière et obscurité.
Après une dizaine de minutes, ils parvinrent devant le trône, qui aurait paru risible devant les dimensions de la salle, s’il n’avait été incrusté sur presque toute sa surface de diverses pierres précieuses. Sur la seule zone sobre se tenait assis un Loup à la carrure puissante, au regard dur et au visage ridé. Illuminé par deux flambeaux situés sur les côtés, le trône étincelait d’innombrables éclats, lors que chez son occupant ne brillaient que les yeux d’un bleu mordant.
Cinq ombres s’étaient immobilisées, cinq silhouettes apparaissaient désormais éclairées. Une capuche masquait toujours le visage d’un des deux individus de devant tandis que celui de l’autre, d’un sourire et de yeux rieurs, révélait suffisamment d’émotions pour deux. Derrière eux se tenait un colosse à la stature d’un pourpre, harnaché d’une armure de plates aux reflets cyans. Sur le visage aux traits étonnamment fins figurait un sourire aussi tranchant que la grande lame que le demi-Daronoan portait dans son dos. Il était flanqué de deux individus dont seule l’allure rivalisait avec la marquante apparence de l’hybride. Le Loup de gauche portait de soyeux vêtements aux couleurs si éclatantes que bien des marchands se seraient jetés dans une arène à la perspective de pouvoir ne serait-ce que les toucher. Sur ses mains rutilaient des bagues aussi précieuses que des couronnes. Son visage aurait été abominable de banalité si un regard vif ne transperçait pas le moindre des observateurs. Le Loup de droite semblait presque l’opposé de l’autre : sa tenue sobre et ordinaire contrastait avec son allure naturellement impressionnante. Un port droit, un maintien royal, et des traits majestueux réduisaient immédiatement au silence quiconque s’apprêtant à relever la relative pauvreté de ses habits.

Le Dominant prit la parole, d’une voix annoncée par son expression : « Faites votre rapport. ».
Le silence brisé reprit ses droits durant un instant aux airs d’éternité. L’encapuchonné fut le premier à répondre :
« Moi, Loeren du Clan Liadon, ait accompagné les forces louves du pays de Mörl, contrée calme en comparaison de biens des autres. Nous avons plusieurs fronts, l’un contre les Gobelyns au territoire deux fois plus étendu que le nôtre, et l’autre contre les quelques solides mais peu nombreuses bases pourpres. La situation semble plutôt équilibrée, mais mes rapports indiquent la préparation d’une offensive daronoane de grande ampleur. Des restes de la Horde semblent également se diriger vers le pays. »

Sitôt que son voisin eût fini, le second Loup intervint :

« Moi, Helian du Clan Liadon, ait mené les forces louves de la Passe Verte, pays voisin des Falaises. Nous sommes en présence d’une invasion massive de Gobelyns, et avons conclu une alliance temporaire avec les pourpres venus disputer le territoire. La situation est au bord du désastre, le pays étant très majoritairement contrôlé par les enfants des Sharras. Nous avons cependant réussi à contenir suffisamment leur avancée pour édifier une poche de résistance de l’alliance dans le Sud de la Passe. Le centre de nos lignes est occupé par les Pourpres, tandis que l’Ouest et l’Est sont tenus par les Loups. L’assaut ennemi semble avoir été endigué, et les risques de débâcle diminuent progressivement. Une guerre de position semble s’annoncer. Nous devrions alors pouvoir reprendre du terrain progressivement. »

Le Loup à la noble stature enchaîna :

« Moi, Aerion Nalmanar du Clan Liadon, ait accompagné les forces louves du Désert d’Ambre. Nous sommes ici aussi dans le cas d’une alliance avec les pourpres pour contrer les efforts de Gobelyns trop puissants. La situation est très mauvaise, nous sommes probablement au bord de la rupture, nos lignes du Sud-Ouest étant enfoncées. L’assaut est légèrement ralenti par la résistance locale, tandis qu’un plan de dernière chance est envisagé, consistant à envoyer une expédition composée de l’élite chargée d’établir une base au Sud-Est, dans le but de parasiter les lignes ennemies, ou au moins de les distraire de nos propres territoires. »

Ce fut le tour du Loup aux riches parures :

« Moi, Ushora Keni du Clan Liadon, supervise la construction des forteresses de nos forces au front, m’assurant de la qualité de leurs fondations, ainsi que de leur viabilité stratégique. J’ai également personnellement mené l’édification de villes minières des régions alentours, chargées d’approvisionner le Clan en matières premières, puis en matériel conçu sur place par les meilleurs artisans. »

Le colosse conclut alors, tandis que chaque membre du groupe modifiait furtivement sa tenue pour se préparer, dans une empathie instinctive :

« Moi, Xanthos du Clan Liadon, supervise la formation des nouveaux Guerriers Liadon, et suis responsable de leur organisation et leur rattachement aux seigneurs Liadon. Tout en fournissant quelques aides à Helian Liadon dans son combat, j’ai pris en charge l’analyse de la géographie de la Cité Liadon, ainsi que du Palais. J’ai enfin organisé les différentes forces, donnant à chacun leurs directives. »

Alors qu’un observateur extérieur aurait pu se demander la signification des paroles de Xanthos, le Dominant Melkion se leva d’un bond, le vieux Baron Ôcre qui se tenait jusque-là en retrait s’avança, une lueur secrètement satisfaite dans le regard alors qu’il écoutait.

Qu’il écoutait la pureté, l’horreur et l’encouragement d’un son résonnant pour la première fois depuis bien des générations. De ce son dont l’intensité était identique en tous lieux de la Cité. Du son de la fin et du début. Du son du renouveau.

Alors que le son s’éteignait, tous se révélaient faibles, hésitants et craintifs. Tous, exceptés les cinq compagnons. Un léger bruit de froissements résonna, sans que quiconque le remarque.
Helian et Loeren s’avancèrent, tandis que leurs trois alliés les observaient, subjugués. D’eux émanait une aura d’assurance, de charisme et de toute-puissance. Bien qu’ils soient trop éloignés pour distinguer les deux frères, de nombreux Gardes tombèrent à genoux, tremblant de crainte et d’admiration. Le Dominant recula, manquant de trébucher sur le trône, tandis que même le vieux Baron luttait pour maintenir son impassibilité de façade. Les trois lieutenants des frères sourirent, comme à la vue d’une beauté ravissante trop rarement aperçue, leurs visages se teintant d’une détermination croissante.
Alors les deux frères prirent la parole, et nul ne parvint à savoir qui prononça quels mots :
« Alors que résonne le sublime cor, est crainte par les ancêtres la Mort. Alors que cet appel est entendu, savent les nouveaux leur heure venue.
« Vous le savez, désormais, ce que signifient ces mots. Depuis trop longtemps a été oublié ce symbole du Clan Liadon. Depuis trop longtemps sa puissance est-elle traînée dans la boue. Depuis trop longtemps triomphent les imbéciles, depuis trop longtemps règnent les incapables. Votre ignorance stupide vous a assuré dans votre orgueil déplacé, alors que vous oubliiez progressivement que n’est éternel que le changement. Que votre ère maudite voyait son terme approcher aussi rapidement que celle de vos prédécesseurs. Que grandissait la nouvelle génération Liadon, que vous tentiez vainement d’exploiter et d’écarter.
« Mais comme Liadon avant nous, nous avons grandis. Nous avons commencé seuls, avant d’absorber nos rivaux à la puissance croissance. D’enfants isolés, nous sommes devenus une troupe de gamins. D’une troupe de gamins, nous sommes devenus un gang de jeunes. De gang de jeunes, nous sommes devenus une force armée indépendante. De force armée indépendante, nous sommes devenus des vassaux du Clan. De vassaux du Clan, nous devenons à présent Dominants.
« Ton temps est venu, comme viendra le nôtre. Tu es devenu Dominant, comme nous le faisons maintenant. Melkion, Dominant du Clan Liadon, nous te dépossédons. N’espère pas triompher ni pouvoir abandonner, car il est trop tard. Nous, Helian et Lœren Liadon, te renversons. »

Tandis que résonnaient ces paroles dans la salle, les Gardes s’étaient approchés, quittant leur poste. Nombre d’entre eux encerclaient désormais les impudents. Un éclair de défi dans le regard, Melkion se redressa en rugissant. Les lames des Gardes sortirent de leurs fourreaux. Alors tombèrent dans toute la salle des silhouettes innombrables, armes en main, tandis que les cinq chefs dégainaient pareillement.
Les deux frères s’approchèrent du Dominant, et leurs lieutenants, désormais épaulés par leurs hommes embusqués, se dirigeaient chacun vers un flanc. À tous endroits de la salle, les Guerriers Liadon faisaient face aux Gardes.
Alors que les soldats se jetèrent dans la mêlée, les deux frères portèrent un coup au Dominant, qui esquiva en reculant. Helian frappa seul pour offrir une ouverture à son frère dans la garde de leur ennemi. Cependant, Lœren se jeta en arrière, esquivant ainsi une grande lame. L’indécision imprégna l’expression du premier, que ne pouvaient plus voir ses soldats :
« Pourquoi ?
- Ne m’insulte pas, jeune Liadon. Je suis le Baron Ôcre de Melkion. Je l’ai supervisé, je l’ai partiellement mené sur le trône, je l’ai conseillé. Qu’il m’ait écouté ou non, que mes choix aient été bons ou non, je reste son Baron Ôcre, et je partagerai son sort. »
Lœren jeta un bref regard sévère à son frère, tout en lui montrant d’un hochement de tête le Dominant. Deux contre deux.
Le rebelle savait que son frère aurait des difficultés à combattre ce qu’il considérait comme un allié, se laissant trop porter par ses émotions. Contrairement à lui.
Il reporta son attention sur son adversaire. Solide et fort, il était cependant marqué par l’âge, et avait certainement perdu en vivacité, son armure n’aidant pas. En revanche, son épée bâtarde risquait d’être dangereuse pour lui qui n’avait qu’une poignard, en cas d’affrontement direct. Feignant une attaque directe, il esquiva la grande lame tout en plantant son arme dans le coude droit du pourpre, qui recula prudemment. Avant d’ajuster sa garde, se plaçant de profil et positionnant son bras blessé à distance, et de saisir son arme de sa seule main gauche. L’elfe porta alors un nouveau coup plus rapide, espérant tromper par son changement de rythme. Peu surpris, le Loup saisit à deux mains le poignet du pourpre, immobilisant le bras. Avant de remonter jusqu'au coude, d’une main. D’un mouvement sec, il brisa l’os. L’épée bâtarde tomba au sol. Lœren la ramassa vivement, avant de la saisir à deux mains pour décapiter le Baron sans défense. Puis un cri le fit tourner la tête vers son frère.

Helian comprit aussitôt la consigne de son frère, et se jeta sur son ennemi, avant de bondir sur le côté pour esquiver la hache du Dominant. Il se jeta alors à nouveau en avant, esquiva un autre coup, recommençant la manœuvre. Il réitéra l’opération à nouveau, mais en accélérant cette fois-ci. Le Dominant surpris ne put éviter le coup qui traça une balafre profonde sur son torse. Il recula en titubant. La rage et le désespoir teintèrent alors son regard, tandis qu’il saisissait son arme au dessus de sa tête pour placer un coup vertical aussi puissant que possible. Plutôt que d’esquiver sur le côté, Helian se rua en avant, se positionnant trop près pour pouvoir être blessé, et frappa du poing la blessure de son ennemi, qui recula à nouveau. Melkion baissa la tête, comme pour contempler sa poitrine transpercée. Puis s’effondra en arrière, alors que son tueur poussait un grand cri triomphal.

Cri presque inhumain par son intensité qui résonna dans la salle, interrompant immédiatement tous les affrontements. Les combattants suffisamment proches se tournèrent vers l’origine du son, et virent un des deux frères trancher la tête d’un cadavre, avant de la tenir haut avec le second, devant le trône :

« Melkion est mort ! Il n’avait pas compris… Toute lutte est vaine, car désormais règnent les frères Liadon ! »

Hésitants, les gardes lâchèrent progressivement tous leurs armes. Helian éclata alors d’un rire moqueur.

« Vous non plus, vous n’avez pas compris. Les vieux périssent, les jeunes prennent place... Vous irez tous nourrir les corvusiers. »
_________________
Citation :
Il faut être vertueux pour s'illustrer dans la défaite, talentueux pour être honoré dans la victoire
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