DesperadO

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Desperados.



Que diriez-vous d'une rencontre entre le "mariachi" du film Desperado, alias Antonio Banderas, et du pistolero virtuose et mutin du roman "la Tour Sombre" de Stephen King ? Ma foi, cela risque d'être très intéressant...
Je préconise l'écoute en boucle de la chanson "desperado", theme song du film du même nom, pendant que vous lirez ce texte, on en profite beaucoup plus !

Bienvenue dans Fadrax, messieurs, dames, profitez de l'hospitalité de la frontière mexicaine et du far-west ! ...


Cela faisait plus de deux heures qu'il tentait de comprendre, mais rien. "El mariachi" nageait dans l'incompréhension la plus totale. Il avait passé la porte du Tarasco Bar, bien décidé à faire parler le barman à propos d'un certain Buccho. Mais au lieu d'un taudis de la frontière mexicaine, il s'était retrouvé dans un saloon, genre frontière sudiste et désert de sel du début du siècle...

Il avait tout de suite tenté de regarder derrière lui, mais rien ne semblait jurer avec le décor, et rien ne correspondait à la petite ville de Bocca Grande dans laquelle il était censé se trouver. A la place : une brave petite ville du far-west, à la population mexicaine selon toute vraisemblance.
Il n'avait pas attaché son catogan, et ses cheveux au vent juraient avec son costume noir lesté et sa chemise blanche.
La faune du saloon n'avait rien d'habituel : une bande de coupe-jarrets ressemblant beaucoup plus à des hommes de main de son époque qu'à des cow-boys. Etrange...

El mariachi avait décidé de s'asseoir à une table et de siroter un lait fraise en attendant de pouvoir comprendre quelque chose à tout cela. Il avait bien été tenté de sortir, mais un mal de tête lancinant s'était emparé de lui à chaque essai. Le mal empirait au fur et à mesure qu'il s'éloignait du bar. N'arrivant même pas à faire cinq mètres, il avait rebroussé chemin jusque dans le saloon.

Les regards étaient désormais braqués sur lui, et pour cause : un mariachi atteint de migraine et buvant du lait fraise en compagnie de son étui à guitare, c'était peu commun à la frontière mexicaine...

Deux heures plus tard...
Un homme, parfait représentant des hors-la-loi de la fin du siècle dernier, entra dans le saloon. Le visage caché derrière un chapeau de cow-boy délavé et un rasage mal fini, un imperméable maculé de boue, des bottes. Deux ceinturons croisés sur les hanches portaient ses machines à plomb. Un foulard poussiéreux sur le cou, le nouveau venu s'arrêta juste devant la porte à double battant. On entendit une mouche voler... plusieurs, en fait. Tous les bandits de la salle, El mariachi compris, arrêtèrent net leurs activités pour fixer l'arrivant d'un oeil aussi curieux que mauvais. Un couteau dans la gorge aurait été plus direct pour lui faire comprendre qu'il n'était pas le bienvenu, mais le hors-la-loi ne broncha pas. Il chiqua, crachant sur le parquet d'un air dédaigneux, et se dirigea lentement vers le bar.
Quand il y fût arrivé, il y posa les deux mains, bras tendus. Le barman ne lui demanda pas ce qu'il voulait, le regardant fixement tout en essuyant un verre.
Un vilain se leva doucement, s'approchant de l'homme appuyé au bar avec une main sur son pistolet.
- Hey, étranger ! L'interpella-t-il.
L'étranger mit tranquillement un de ses colts, d'une taille impressionnante, sur le bar, bien en vue de tous. Il reposa ensuite sa main gauche sur le bar.
El mariachi sentit l'atmosphère se tendre un peu plus encore, et s'éclipsa discrètement dans un coin de la pièce.
Le bandit qui s'était levé ne recula pas pour autant, se permettant même un petit rire, l'étranger lui tournant toujours le dos.
Avec un accent espagnol terrible, le bandit continua :
- Tu es un pistolero, n'est-ce pas ?
- ...
- Beaucoup de gens offrent une grosse récompense pour la tête de gens comme toi, tu sais ?
- ....
- Alors ? Tu vas défendre la "veuve et l'orphelin" dans notre ville, amigo ?
Dans l'ombre, le mariachi tiqua.
- Même si je n'ai aucun ordre dans ce sens, je suppose que mon patron apprécierait ta tête sur un plateau, poursuivi le bandit.
- Même pas en rêve, raclure, rétorqua l'étranger d'un air serein.
Le bandit offusqué proféra quelques jurons bien sentis, et des chaises crissèrent sur le parquet. Une demi-douzaine d'hommes de mains était à présent debout, les rares badauds quittant précipitamment le saloon. Restait une douzaine d'hommes, barman et bandits non compris, mais ils devaient tous faire partie de la bande, vu leurs regards patibulaires en direction du pistolero.
Le vilain gardait le menton haut, jaugeant son adversaire. Ses doigts s'agitaient au dessus de la crosse de son arme : un colt à canon court, six coups.
Le temps suspendit son vol durant quelques infinies secondes, puis la situation claqua comme un ressort trop tendu. Avec une vitesse hallucinante, le pistolero fit voler le pan droit de son manteau, attrapant son deuxième colt. Le bandit commença à sortir le sien, ses acolytes moins vifs commençant seulement à comprendre que le duel avait commencé. Le pistolero lança son colt droit en l'air, surprenant une infime fraction de seconde l'assistance. Il profita de cette fraction pour tourner sur lui même tout en sautant en direction du bar. Quand le bandit eu fini de lever son arme, le pistolero avait déjà pris de sa même main droite le colt posé sur le bar, commençant à glisser à l'envers vers l'autre côté du bar. Tendant l'autre bras, le colt droit retomba dans sa main gauche, offrant deux canons à la vue du bandit. Les acolytes avaient presque tous enclenché leur arme, ceux encore assis s'étant levés durant cet intervalle.
Les deux percuteurs des colts du pistolero aboyèrent en même temps, envoyant deux projectiles heurter de plein fouet le bandit. Celui-ci émit un râle au ralenti, enclenchant son propre colt dans la descente. La balle partit tout aussi lentement, explosant le bord du bar où l'étranger se tenait il y avait déjà deux secondes de cela. Ce dernier tombait de l'autre côté du bar, laissant dépasser dans sa chute ses deux jambes qui se repliaient déjà. Les balles volaient de partout, et vinrent cribler l'ancienne position du pistolero déjà à l'abri.

Le temps reprit sa course : le pistolero commençait à se relever, tirant deux coups supplémentaires, deux ennemis de moins. Un saut, une roulade, des crachotements de mitraillettes légères emplissant la pièce, des verres et des bouteilles volant en éclats et des morceaux de bois explosant sous la pression du plomb. Le pistolero se retrouva derrière un bon abri, mais en compagnie d'un bandit particulièrement repoussant qui lui cracha son haleine fétide au visage :
- Va en enfer !
- Passe devant, muchacho !
El mariachi sortit de l'ombre, son pistolet double canon contre la tempe du vilain. Une seule détonation, et le sang aspergea le mur d'en face. L'étranger et le mariachi mirent un genou à terre derrière l'abri qui servait de cible à tous les occupants du saloon.
- La veuve et l'orphelin, hein ? Demanda le mariachi.
Le pistolero se contenta d'un sourire, son regard bleu acier croisant celui de son homologue musicien.
Ils entrèrent en piste de concert, faisant danser leurs pistolets dans leurs mains expertes. Debout sous le déluge, ils n'offraient aucun répit aux assaillants pourtant en large supériorité numérique. Les balles volaient à travers la salle, les corps aussi d'ailleurs. Rien ne semblait pourtant pouvoir entamer l'expression impassible des visages des deux compères. Le pistolero tourna sur lui-même, quasiment en contact avec l'un des bandits, tandis qu'un acolyte mitraillait son camarade en tentant de le toucher. El mariachi avançait d'un pas décidé alors sur le bar, faisant mouche à chaque tir délivré.
Le saloon était réduit en miettes par le combat, les verres éclatant de partout dans un bruit cristallin, et les deux danseurs restaient totalement maîtres de la situation : deux acolytes traversèrent les fenêtres pour finir de se vider dans la rue, deux autres furent soufflés par un tir croisé des colts aux crosses de santal et du double canon. Un autre acolyte percuta la poutre maîtresse, déjà sérieusement entamée par les balles, et un nuage de poussière et de gravats se mêla à la bataille. On en vint alors aux mains, chacun rechargeant ou se défendant comme il pouvait, malgré l'évidente issue de l'échauffourée. Les coups de poings succédèrent au staccato des armes à feu, quand ce n'était pas des coups de crosse ou des tirs à très courte portée. Mais, là encore, les bandits ignoraient quel plaisir pouvait prendre leurs opposants à les faire tomber un par un avec une facilité presque déconcertante. Evidemment, ils restaient des êtres humains, et quelques balles firent mouche, mais cela ne constituait rien d'insurmontable pour ces guerriers déjà bardés de cicatrices.
Bientôt les tirs furent très, très sporadiques. Le nuage commença à se disperser par la porte à double battant, et deux silhouettes en émergèrent. El mariachi prit appui sur le montant gauche de la porte, le pistolero sur le droit.
Ce fut d'abord le silence, puis le mariachi regarda le pistolero, celui-ci le regardant à son tour. Chacun était relativement à bout de souffle, toussant un peu. Ils commencèrent à sourire, puis se mirent à rire, d'un fou rire irrépressible. Ils finirent par se calmer, sereins et étrangement joyeux parmi les corps jonchant le sol du saloon... de ce qui jadis fût un saloon.
Un râle se fit entendre à l'intérieur du bar où la poussière était presque retombée. Les deux samaritains se regardèrent, puis repartirent à l'intérieur le sourire aux lèvres. Ils trouvèrent le "survivant", avec son bras "légèrement" raccourci et ses "quelques" tâches de sangs maculant ses vêtements. Ils s'accroupirent et l'attrapèrent par le col :
- On est bien parti, non ? Demanda El mariachi au pistolero.
- Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Lui répondit-il.
Le musicien hocha la tête en signe d'assentiment et ils se retournèrent tous les deux vers le mort en sursis :
- Qui est ton patron ?
- Et où loge-t-il ?
- Pou... pourquoi vous répondrais-je ? Teuh... Teuh... Arrr
- Il a raison, dit le mariachi.
- Oui, admit le pistolero, et il braqua son colt sur la paupière gauche du bandit. Il arma le chien rapidement :
- Attendeeezzzz !!!
Le souffle du survivant se fit plus court, mais il reprenait vite des couleurs devant la peur provoquée par une mort plus imminente encore que celle qui l'attendait peut-être, au vue de ses blessures.
- Don Surian, un politicien qui a... teuh euh... qui a fait main basse sur la région. Arrr... teuh... Une villa... au nord-est de la ville, dans les montagnes... pouvez pas la rater... et eux vous raterons pas ! Hé... héhé... héhéhé... arghh
Le bandit commençait à rire, malgré les caillots de sang lui bloquant par intermittence la respiration. Il mourut rapidement d'hémorragie interne, ou peut-être de cette balle dans le foie ? Ou peut-être encore celle qui s'était logée près de son coeur ? Qu'importe, les deux hommes se relevèrent, s'époussetant quelque peu.
El mariachi reprit son étui à guitare, et les deux compères prirent la direction de la sortie du saloon, puis celle de la ville, vers le nord-est, sous le soleil brûlant de la frontière mexicaine...


Par Skatlan.



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