HaakeR

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Haaker.



L'homme courait, courait, courait à en perdre haleine à travers le terrain vague immense autant que boueux.
Au-dessus de sa tête, quelques étoiles dissimulées par des nuages filandreux offraient une vue monochrome du champ de bataille. Tout était bleu marine, à la limite du noir...
Lui, dans son armure des FLC, les forces libres cananéennes, bleu-nuit et crottée de boue jusqu'aux genoux. Son arme, noire, une mitrailleuse à explosion, modèle d'un certain âge déjà malgré le design high-tech, afin de ne pas révéler sa présence à l'Ennemi par des rayons lasers trop visibles. Le ciel donc, bleu profond, éclairant à peine assez pour qu'on puisse différencier le sol du ciel...
"Forces libres" se dit en ricanant Haaker, à demi-courbé pour offrir le minimum de cible à ses adversaires d'en face. Depuis que la guerre avait commencé contre un ennemi inconnu, les forces libres étaient devenues des volontaires désignés d'office, oui.


Et le voilà, lui, le soldat Haaker, courant vers les premières tranchées adverses sous la pluie intermittente et les rafales sporadiques des opposants en armures aussi noires qu'effilées. La troupaille de base n'avait même pas de nom à donner à ces gens qu'ils tueraient bientôt par centaines... Peu importe d'ailleurs, ça facilitait presque la tâche, et puis les Forces Cananéennes n'étaient pas non plus des enfants de choeur embauchés pour la chorale de dimanche.
Ici, sur une planète perdue au milieu d'une lointaine galaxie, l'ordre d'attaquer de nuit, et en masse, avait été donné. Haaker fonçait, suivi par une centaine de milliers d'hommes répartis sur toute la longueur de l'immense front de ce secteur. Il ne pouvait en voir qu'une poignée d'entre eux, tant l'opération était vaste et étalée, et cela rehaussait l'impression dévorante qu'ils ne pourraient jamais vraiment venir à bout de la marée noire qui leur faisait face.
Mais l'ennemi n'avait visiblement toujours pas décelé leur attaque, et une fois les forces cananéennes au contact, l'équilibre des forces serait clairement contrebalancé. Les Cananéens avaient une particularité étrange : ils voyaient la mort sur le champ de bataille comme une fatalité. Ils restaient stoïques en voyant leurs compatriotes tomber. Cela ne semblait pas pouvoir les émouvoir. La peur restait présente, mais l'horreur d'une guerre cruelle n'avait pas prise sur eux. Et une fois le combat lancé, les Cananéens devenaient fous, ivres de sang, féroces et brutaux comme seuls peuvent l'être des démons sanguinaires. Leur violence au corps à corps n'avait d'égale que leur stoïcisme retranché.
Haaker était encore entre les deux : trop près du moment d'agir pour rester neutre, mais encore trop loin pour sentir ces petits picotements dans sa nuque, signe précurseur de l'afflux d'adrénaline qui lancerait la machine à tuer qu'il était.

"C'est parti", se murmura Haaker. L'ennemi les avait repérés, et des dizaines de rayons colorés traversaient en vrombissant le terrain vague. Haaker fut un peu aveuglé par deux rayons qui passèrent vraiment près de sa tête. Il se mit à couvert le temps que ses tireurs choisissent une autre cible et le temps que ses yeux cessent de clignoter et s'habituent au stromboscope géant qu'était devenu la plaine parsemée de cadavres et de ruines de chars et d'engins de guerre.
Il repartit au pas de course, sentant la sueur dégouliner dans son armure de camouflage impressionnante. Il avait attrapé un coup de chaud conséquent, et commençait à perdre un peu de son souffle.
Surveillant son allure pour arriver encore en forme dans la tranchée un peu plus loin, il entendit une clameur dans le fond, surpassant le bruit des lasers. Un écho lui parvint peu à peu, s'amplifiant au lieu de diminuer, mais au message encore incompréhensible. Il s'aperçut que c'était les cananéens qui criaient de proche en proche. Le message lui parvint tout à coup, clair et net comme le fil d'un couteau :
- QUADRILLAGE !!!!
Il se jeta à terre en hurlant le même mot à ceux de derrière.
A peine une seconde après, il était trop tard. Ceux qui suivaient Haaker furent pris dans la grande faucheuse canonique. Un nombre incalculable de canons photoniques aux gros rayons rose-bleu s'étaient mis en route dans le camp adverse. La moitié de ceux-ci tiraient vers la droite du champ de bataille, l'autre moitié vers la gauche, avec une précision et un ordre parfaitement synchrones. Les deux ensemble formaient une mosaïque mortelle qui quadrillait littéralement le champ de bataille à un mètre de hauteur. Tous ceux qui ne se baissaient pas à temps étaient proprement coupés en deux par les rayons massifs à la note grave.
Un chant sourd emplit le terrain vague alors que les énormes accumulateurs à énergie des batteries entières de canons se vidaient rapidement. Haaker se sentait happé lentement par un bourbier sur lequel il s'était jeté, mais cela n'était rien en comparaison des rayons tueurs qu'il voyait juste au-dessus de lui.
Comme des chasseurs à la recherche d'un gibier, tous les canons se mirent à tourner sur eux-même de quarante cinq degrés. Ceux qui tiraient à droite tournèrent à gauche, et vice versa. Les rayons se croisèrent sur toute leur longueur, provoquant de courtes gerbes d'étincelles énergétisés là où osaient encore se trouver des soldats cananéens.
En quelques minutes de processus répétés, ce fut fini. Le chant sourd s'interrompit, laissant le râle des agonisants et l'odeur métallique du sang envahir la plaine macabre. Un bruit titanesque de soupape laissant échapper une gerbe de gaz se propagea alors que les canons adverses remplissaient à nouveau leurs accumulateurs reliés à l'arrière garde logistique de leur camp.
Les cananéens n'attendirent pas plus que les ennemis reprennent leur poste de tir aux tranchées, et foncèrent comme un seul homme vers les lignes en vis à vis.
Haaker, en même temps qu'un bon millier de soldats, atteignit parmi les premiers la tranchée initiale depuis laquelle ils se faisaient canarder depuis des semaines entières. A côté de lui, il vit un de ses frères d'armes sombrer dans la rage aveugle et sarcastique du combat. Le soldat mit un coup de pied botté de métal dans le visage d'une des armures d'un noir d'encre de leurs adversaires. Le casque profilé vola en arrière sans se décrocher, tandis que le soldat armait sa mitrailleuse et l'abattait en ricanant, d'une rafale à la lumière intermittente.
Haaker sauta dans le sillon crasseux et trancha tous les câbles qui lui passèrent sous la main. Avec de la chance, l'un d'eux servait à la communication d'urgence entre postes de garde.
Sans qu'il comprenne comment, alors qu'il parcourait le fossé profond et mal étayé, un ennemi se jeta sur lui, révélant un trou dans le mur de la tranchée. Il fit voler sa mitrailleuse, mais Haaker, se sentant déjà sous l'influence de son feu intérieur, avait déjà sorti son couteau perce-écran. Dans un cri de fureur, il repoussa l'ennemi à travers le trou, rentrant avec lui dans l'avant-poste souterrain. Le soldat en armure noire et fine eut beau reculer aussi vite qu'il le pouvait, la lame poussée par Haaker restait très proche de sa gorge. Quand il trébucha, Haaker lui tomba dessus, se retenant à la garde de son couteau brillant, qui trouva évidemment prise dans le corps de son ennemi. Dans un sourire carnassier, Haaker retira sa lame de la gorge de l'adversaire, et reprit rapidement sa mitrailleuse avant de se lancer dans l'exploration du boyau enterré.
De la lumière au fond d'un couloir l'alerta. Il était pour l'instant passé inaperçu, et comptait le rester. A l'angle de l'endroit d'où venait la lumière, il jeta un très rapide coup d'oeil : des cartes, une demi-douzaine de soldats, quelques armes et une armoire contenant tout un tas de boîtes estampillées de symboles inconnus. La pièce était relativement petite, et ne semblait pas avoir d'autre issue. Haaker activa son sondeur pour voir s'il s'était trompé. Non, le sondeur lui indiqua que la pièce était un cul de sac. "Parfait", se dit l'homme en armure bleu nuit.
Il fouilla d'une main sûre dans son dos et en décrocha un grenade sensorielle.
Sans même l'ombre d'une hésitation, il la dégoupilla et la lança dans la pièce, aux pieds des gardes surpris. Il courut vers la sortie, se bouchant les oreilles, retenant sa respiration et fermant à demi les yeux.
Un flash l'avertit que la grenade sensorielle avait explosé. Il se sentit sombrer dans une demi-insconscience douloureuse, mais put rejoindre l'entrée de l'avant poste avant de tomber à terre. Du sang lui coulait des oreilles et du nez, mais rien de très grave. La grenade sensorielle était une arme efficace à longue distance contre les émeutes, dangereuse à moyenne portée, horrible au contact. Elle surchargeait totalement les cinq sens de la cible, l'empêchant par conséquent d'agir de quelque manière que ce soit. A moyenne portée, on risquait l'inconscience ou la commotion cérébrale par surcharge. Il n'avait jamais été prévu qu'elle puisse être utilisée au contact, sauf par l'esprit cruel d'un cananéen rendu aveuglé par le combat. Les cananéens étaient une grande et belle civilisation, mais ce genre d'actes odieux leur donnait une réputation dont ils avaient honte eux-même, dès lors que la tension de la confrontation retombait. Mais pour l'heure, Haaker ricanait. Il se retourna, et vit des morceaux d'adversaires qui avaient ricoché un peu partout dans le couloir.
Au contact, une grenade sensorielle réduisait le cerveau en pulpe, et le corps en charpie...

Et la bataille continua ainsi un moment, les corps tombant dans les deux camps sans que personne n'ait vraiment le temps de s'en soucier. Au bout de deux heures de combat harrassant, la tranchée principale était enfin aux cananéens, alors que les bombardiers légers des forces libres flottaient en rase-motte pour annihiler les fuyards restants, projetant les armures noires effilées dans les airs.
La tension passée, Haaker regarda ce spectacle d'un oeil nouveau. Alors que l'adrénaline n'alimentait plus ses muscles endoloris, le soldat en armure poisseuse sentit une vague d'amertume l'envahir. Il regarda ces corps d'inconnus, répandus partout au nom d'une cause inexistante que celle de faire ce que les gradés demandent...
Tant de corps plongeant dans l'oubli, sans même un nom à leur donner...
Haaker eu un haut le coeur, et une nausée le prit à la gorge. Un de ses compagnons d'armes vint le chercher pour le soutenir. Il le regardait, mais évitait de lever les yeux sur le champ de bataille. Aussi jeune que lui, il prononça quelques paroles qui réconfortèrent Haaker :
- Allez viens, mon gars, faut pas rester ici quand la bataille est finie... c'est mauvais pour notre conscience tout ce qu'il y a là. Les souvenirs des vaincus hanteront déjà assez nos rêves comme ça !
Haaker lui sourit, se sentant déjà mieux à ignorer de manière un peu honteuse les terres battues par la pluie comme par le sang qui reposaient derrière lui.
- On va s'en jeter un petit au "Dancing Fury", en ville, avec quelques camarades combattants, tu en es ?
- Ouais, répondit Haaker, ça me fera du bien..
- On passe te prendre aux baraquements dans une heure.
- J'y serai.
Encore une journée, ou plutôt une nuit, dans les Forces Libres Cananéennes... La vie ne valait pas grand chose parfois, mais c'est étonnant comme on se suffit d'un rien, des fois.
Cette nuit là, Haaker dormit sur ses deux oreilles, du sommeil du juste, essentiellement parce qu'il avait enfin pu voir à quoi ressemblait leurs ennemis... Evidemment, vu qu'ils en avaient rencontré quelques uns au Dancing Fury, et qu'ils avaient sympathisé tout de suite autour d'une bonne bière dragavienne. La soirée terminée, ils s'étaient dit adieu, se promettant avec une pointe d'humour noire d'en finir rapidement si jamais ils se rencontraient sur le champ de bataille, ou de danser une gigue devant tout le monde s'ils se rencontraient dans un autre bar...
Un univers étrange que Fadrax, pensa Haaker en rêvant. Si logique, et si peu rationnel à la fois...


Par Skatlan.


Postface : ce qui me tue avec ce texte, c'est que j'en avais écrit pas loin d'une cinquantaine de pages, et il devait s'agir d'un roman à la base, mais que mon ordinateur a mangé sans jamais me le rendre. Une minute de silence pour une histoire que je n'aurais peut-être jamais le courage de réécrire...



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