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Le wyrm et le rêve...



Le soleil se lève sur la petite province féodale de Cytaria .
Dans la ville de Renetryn, les lève-tôt remettent une bûche dans leur cheminée, le temps est encore frais en ce matin de printemps. Les petites chaumières et les larges tavernes commencent à voir circuler les premiers marchands dans les rues trop peu souvent pavées.
Rackyn ouvre un oeil, puis l'autre. Une silhouette massive se dresse dans la chambre. Rackyn écarte les quelques cheveux qui lui encombrent le visage et se dirige, habillé de sa seule culotte, vers la fenêtre de la chambre.
Dans la longue chambre de la maison d'hôte, deux lits contiennent encore leur occupant au pays des rêves. La belle et blonde Saran et son espiègle et simiesque ami Caerle.
S'appuyant sur le chambranle de la fenêtre, le grand homme jette un coup d'oeil dehors : les premiers malfrats sont déjà au travail, et un touriste matinal vient de se faire soulager de quelques pièces d'or. Rackyn sourit : "de vulgaires pickpockets, rien de bien inquiétant".
L'homme traverse la pièce, le soleil chauffant sa peau, et va se mettre sur le dos une tenue plus étayée : tunique de tissu, vêtement de cuir, bottes serties de fer, gants de cuir dur, et enfin sa cuirasse lestée de clous. Il attache sa ceinture, fourreau pendant au côté, et passe son épée longue en bandoulière avec son bouclier.
Saran se retourne et le regarde paresseusement. Le visage dur de Rackyn se tourne vers elle :
- Allez, debout. On a un salaire à mériter.
Il donne un coup de fourreau dans le lit de Caerle, tandis que Saran se lève, elle aussi en tenue particulièrement légère.
- Debout, sale petit voleur, la ville ne nous paye pas pour laisser dormir les rôdeurs !
Le guerrier descendit l'escalier du premier étage pendant que ses compagnons d'armes et amis se préparaient.
Le bourgmestre de Renetryn les avait embauchés il y a quelques années de cela pour surveiller et tenir les terres environnantes propres. Propres dans le sens "exemptes de rôdeurs et de bandits, humanoïdes ou non". C'était mal payé mais Rackyn et ses amis mercenaires ne vivaient pas de beaucoup, et en plus, le manque d'activité des bandits et autres monstres leur laissait le temps de travailler ailleurs, pour la plupart. Bref, juste de quoi éviter à ces grands combattants de rouiller avec le temps.
Sans être un vrai vétéran de guerre, Rackyn aurait pu avoir la fierté ou l'orgueil d'être un grand guerrier, résultat d'un entraînement poussé et abouti. Mais ses amis et lui étaient loin des royaumes constamment en guerre, et leur vie était assez mouvementée comme ça.
Au rez-de-chaussée se trouvait Rafael, toujours réveillé de bon matin. Rafael était bon guerrier et érudit devant l'éternel. "Celui-qui-trouve" comme s'amusait à l'appeler Caerle. Rafael n'était pas tant savant que capable de trouver les informations qu'il lui fallait.
- Tiens, Rackyn ! Bien le bonjour. J'ai trouvé une carte assez renseignée pour comparer nos indications. Je crois que j'ai trouvé la tanière de ton monstre.
Rafael faisait référence à une vieille légende du coin, parlant d'un monstre qui avait terrorisé la région il y a deux siècles de cela. Un vieux bibliothécaire leur avait raconté cette histoire alors qu'ils cherchaient de la lecture, et Rackyn s'était mis en tête de débusquer ce monstre. "Un vieux défi personnel" avait-il dit. Rafael avait donc commencé ses recherches...
- Alors ?
- Si on vire les noms et qu'on compare juste les repères géographiques, je dirais que ta destination devrait être aux environs du col de l'écarlate.
- Bien, très bien, dit l'homme aux épaules larges en réfléchissant. Merci Rafael. Je crois que je vais y aller... pourquoi pas me mettre en route aujourd'hui même ? Je serai de retour avant la fête du Ponant, je pense ?
- Trois jours à cheval aller, trois jours retour, oui, c'est possible.
- Va pour le col de l'écarlate alors.
- On vient avec toi ?
- Non, pas la peine.
- Il va falloir me donner un autre passe-temps, rajouta Rafael en souriant.
- Va donc t'occuper des marais au sud de la ville ! Lui lança en réponse le guerrier.
Rafael sortit de la maison en riant, son équipement sur le dos.
Rackyn commença à réunir des vivres et son équipement de voyage.

Saran et Caerle descendirent du premier et trouvèrent Rackyn en grande pompe, un sac chargé sur le dos.
- Ca y est, c'est le grand jour ?
- Oui. Et j'y vais seul.
Saran poussa un soupir, et Caerle prit une expression résignée. Un court silence s'installa dans la pièce.
- Combien ? Demanda Saran.
- Six jours, peut-être sept. Je serais de retour pour la fête annuelle.
- Soit prudent, insista Caerle.
Rackyn lui sourit, puis quitta la maison en direction des écuries.

A midi, il était déjà bien loin de Renetryn. Il regarda derrière lui du haut de la colline du nord. La ville n'était déjà plus qu'une vulgaire tâche sombre entourée par les forêts de Larston et les champs des paysans de la province.
Rackyn se remit en route, à dos de cheval. Il était parti seul, mais c'était sa volonté. Comme il se l'était déjà dit, il était un bon guerrier, parfaitement capable de survivre seul au danger de Cytaria et d'ailleurs. Mais il existait une différence entre être un bon guerrier et être un grand guerrier. Les faits d'armes faisaient cette différence. Il en avait longtemps discuté avec Saran, Rafael et Caerle, le soir au coin du feu. Il voulait se prouver qu'il était capable de mériter son niveau d'aptitude. Il ne voulait pas poursuivre sa vie tranquillement, sans vagues. Sinon il ne serait jamais devenu mercenaire ! Il voulait pouvoir un jour s'asseoir sur son vieux fauteuil en sentant ses os moins solides que dans sa jeunesse, et sentir ses cicatrices de combats et d'histoires révolues. Pouvoir se dire qu'il en avait profité, justement, de cette jeunesse.
Oui, il voulait se prouver qu'il en était capable, après tout. Et est-ce vivre que vivre sans risque ? Sentir le frisson du combat, l'excitation et la peur au ventre. Le col écarlate et sa créature seraient probablement la seule occasion qu'il aurait jamais de briller ! Il commençait seulement à y croire, mais à vraiment y croire...

Trois jours plus tard, au petit matin, Rackyn trouva enfin l'endroit. Une caverne immense à flanc de montagne, dont l'entrée, à un bon kilomètre de hauteur, faisait au moins dix mètres de haut et de large. Sur le versant non éclairé de la montagne, le trou béant plongeait vite en un corridor sombre et humide. Rackyn y parvint une heure plus tard, contemplant la grotte d'un noir insondable où le vent s'engouffrait et ressortait en une lente respiration. Rackyn sortit son épée, et avança...

- La fête commence demain, toute la ville est sur le pied de guerre, dit Rafael en regardant par la porte la ruelle au soleil couchant.
- Et pas de Rackyn, soupira Saran.
Caerle avait allumé un feu, et faisait cuire un lapin qu'il avait déniché dans les provisions d'un voleur de chevaux. Le voleur était désormais au cachot, capturé ce matin par ses propres soins. Et le lapin revenait en prime aux mercenaires diligents.
- Le voilà, dit simplement Rafael.
Saran se jeta vers la porte, et y passa la tête, pour la rentrer quelques secondes après.
Caerle attendait, et jeta dans un murmure :
- Alors ?
Saran lui répondit sur le même ton :
- Entier, mais bredouille.
- Oh.
Les mains vides et l'air abattu de Rackyn attristaient ses amis, lui qui comptait tellement sur cette légende...
Rackyn laissa son cheval à l'entrée, tandis que Rafael allait chercher un seau d'eau pour l'animal. Saran prit Rackyn par les épaules, et lui dit doucement :
- Tu as faim ?
- Oui... un peu.
- Allez, viens manger. Y'a du lapin ce soir.
Et Rafael referma la porte. Ils mangèrent et se reposèrent au coin du feu. Personne n'aborda le sujet de préoccupation, préférant remonter le moral de Rackyn. Celui-ci finit par parler, plus tard dans la soirée, mais il n'y avait pas grand chose à dire, et chacun avait déjà sa petite idée sur l'issue de l'histoire.
- Bref, j'y suis allé mais...
- Mais ? Demanda Saran d'un ton encourageant.
- Mais il n'y avait rien.
- Humpf.
- Oh, la grotte existait bel et bien. Mais elle était seulement habitée par des chauves-souris et un ours.
- Et l'ours ? Il était méchant ? Proposa Caerle en souriant.
Rackyn émit un petit rire :
- Famélique. Il sortait à peine d'hibernation.
La remarque amusa l'assistance, et ce fut le point final de l'histoire de la quête ratée. Les légendes sont peut-être exactes, et peut-être pas. Celle-là était fausse en tout cas...
Tard dans la nuit, chacun partit se coucher. Saran dormit avec Rackyn, pour un soir.

En pleine nuit, Saran fut réveillée par un Rackyn agité. Il dormait à poings fermés, mais d'un sommeil tourmenté. Saran tenta doucement de le réconforter, mais cela semblait l'agiter encore plus. Rackyn finit par se calmer tout seul. Au bout de quelques minutes, il recommençait à ronfler tendrement. Saran le regarda quelques secondes encore, puis se mit à sourire :
- Juste un mauvais rêve, grand guerrier...
Elle se remit au lit, et faillit presque s'endormir avant qu'une pensée la dérange :
- Ours famélique...
Elle rit doucement, presque en silence dans la pièce plongée dans la pénombre, puis se rendormit...

Le lendemain, Rackyn émergea difficilement de son sommeil. Saran était déjà levée, mais pas Caerle. Il s'habilla et descendit. En bas, le bourgmestre attendait. Un monsieur au visage rond, mais au costume serré et aux manières qui traduisaient l'efficacité et le savoir-vivre.
- Que se passe-t-il ? S'enquit le guerrier d'un air étonné.
- Oh, rien de grave, ne vous inquiétez pas. C'est juste que j'aurai besoin de vous pour un morceau de la journée. Deux de mes gardes ont attrapé une vilaine maladie. Rien de grave non plus, mais il me manque donc un peu de personnel pour surveiller les pickpockets et les amuseurs publics.
- Oh, fit Rackyn, je vois. En ce qui me concerne, je vois pas d'inconvénients.
Il interrogea ses amis du regard.
- D'accord pour moi, dit Rafael.
- J'ai à faire, s'excusa Saran. Mais si j'en ai l'occasion, je ferais du zèle, ajouta-t-elle dans un sourire au bourgmestre.
- Parfait, termina le noble personnage au visage jovial. Vous aurez évidemment un bonus pour le dérangement... euh... inattendu.
L'affaire se termina ainsi, le bourgmestre ayant encore une journée particulièrement chargée devant lui. Il sortit dans une courbette, laissant le soin aux mercenaires de deviner où ils iraient chercher leurs ordres et leur paye d'ici à la fin de la journée.
La fête se passa sans accroc, sauf deux garçons et une fille jouant les tire-bourses derrière les badauds. La promesse d'une belle trempe à coup de gantelet avait calmé le plus récalcitrant des trois, les deux autres rendant la monnaie et prenant leurs jambes à leur cou sans attendre, remerciant la magnanimité du garde.
Les quatre amis furent invités au banquet du soir, comme invités d'honneur du bourgmestre. L'invitation était moins flatteuse qu'elle n'en avait l'air, les mercenaires connaissant personnellement le noble bienfaiteur depuis près de deux ans, et le banquet n'étant qu'un repas communal bien arrosé.
Les quatre combattants prirent congé avant que la boisson ne leur monte à la tête, prétextant à raison que le lendemain n'était malheureusement pas férié pour tout le monde.
Chacun retrouva donc sa litière, avec plus ou moins de difficulté pour Caerle. Celui-ci confondait un peu vite son lit et celui de Saran, sous le regard complaisant de Rackyn. Ce dernier se coucha tandis que l'altercation entre Saran et Caerle continuait, et continuerait certainement quelques minutes encore, jusqu'à ce que Caerle cesse de jouer au gentleman ivre et abandonne sa fausse gueule de bois. Et la nuit entama son cycle...

A mi-chemin entre le coucher et le lever du soleil, personne dans la maison n'entendit Rackyn. Toujours agité, et cette fois-ci en sueur malgré la fraîcheur nocturne, celui-ci prononça quelques mots durant son sommeil :
- Nnn... non... Non !... Le ver... le grand ver... jamais je n'aurais dû... jamais je n'aurais cru...
Rêve ou cauchemar, Rackyn resta seul au coeur de la nuit...

Le lendemain fut quelque peu difficile au réveil, surtout à cause des litres d'alcool de la veille. Les compagnons se remirent à leur tâche en partant surveiller les plaines à l'ouest de Renetryn. Les plaines étaient passablement vides, hormis quelques paysans semant dans leurs champs en début de printemps, les aventuriers eurent donc le loisir de discuter sur le chemin. Rafael questionnait Rackyn sur la géographie du nord de Cytaria, le guerrier se refusant à tout commentaire sur sa quête personnelle.
Saran et Caerle avaient, eux, déjà remarqué l'étrange silence du guerrier sur son voyage, et déduit qu'il ne serait pas si mutin s'il n'était réellement rien arrivé. Mais quoi qu'il se soit passé en réalité, ses amis ne le questionneraient pas s'il ne voulait pas parler de lui-même.
Hélas, Rackyn aurait terriblement apprécié de pouvoir partager son histoire, mais qui aurait pu l'aider ? Aucune magie en ce monde n'aurait pu le soulager de son fardeau à venir. Il ne mourrait plus au coin du feu, entouré d'enfants lui demandant de conter ses aventures. Un secret rongeait le ventre de Rackyn, un mystère qui l'emporterait dans l'au-delà, tôt ou tard.

La journée se passa sans encombre, sauf un troll égaré qui recherchait la route des montagnes. L'équipe faillit lui passer l'épée en travers du corps avant de constater la politesse de celui-ci. Ne trouvant pas de réponse à cette énigme (un troll qui ne menace personne ?), ils le laissèrent partir, le surveillant en catimini deux bonnes heures avant de se décider à le croire gentil et aimable.
Leur rapport au bourgmestre les confortèrent dans leur décision.
"Votre travail est de surveiller la ville et de la protéger contre d'éventuels agresseurs, pas de tuer toutes les créatures que vous rencontrez", leur avait-il dit, "un acte de miséricorde n'est pas forcément un mal". Ils tombèrent d'accord, et même si le troll avait tout son clan derrière lui prêt à tomber sur Renetryn, ce qui était fait était fait.
Toute cette discussion était en fait due à l'isolement de Renetryn. Malgré la belle taille de la ville, si celle-ci était assiégée, il n'y aurait personne pour venir la défendre dans cette partie de Cytaria, dans une vallée entre deux montagnes. Une décision hâtive comme laisser la vie sauve à une créature réputée maléfique pouvait prendre des proportions alarmantes si cette créature en profitait...
Mais l'heure était au repos, et le groupe rentra au bercail prendre une nuit de détente...

Saran fut réveillée, encore une fois, par l'agitation nocturne de Rackyn. Elle commença à se sortir de son lit, sous la clarté de la lune, quand elle entendit du bruit à coté d'elle : Caerle. Cette fois-ci, Caerle aussi s'était réveillé. Ils s'approchèrent du guerrier, qui ne cessait de se tourner et de se retourner, le visage crispé et en sueur.
- Cela fait déjà plusieurs nuits qu'il nous fait ça, chuchota Saran à Caerle.
- Depuis son voyage, oui, ajouta dans un souffle Caerle, le visage soucieux.
Rackyn, lui, était loin, très loin de là, dans les contrées du rêve, bordées par les terres du cauchemar :
Rackyn se souvenait, et revivait son arrivée au col de l'écarlate. Comme un acteur condamné à rejouer la même pièce encore et encore, il grimpa à flanc de montagne, son équipement sur le dos et l'épée au fourreau. Son destin l'amenait là, ou alors était-ce un sentiment d'avoir déjà vécu ceci ? Et de devoir le revivre encore une fois ?
Il pénétra dans la grotte obscure d'une taille impressionnante. Comme une respiration, il entendait encore ce souffle de vent qui allait et venait, faisant voler quelques-unes de ses mèches de cheveux. Il sortit son bouclier rond et gravé d'entailles, comme autant de cicatrices. Il le tint fermement de ses deux mains, et progressa d'un pas déterminé dans l'obscurité. Au bout d'une dizaine de minutes, la lumière du pâle soleil avait été remplacée par une phosphorescence naturelle de certaines pierres. Un jaune chaud et humide tintait les parois de la caverne. Et toujours cette respiration profonde et impérieuse.
Rackyn ne distinguait maintenant plus du tout l'entrée de la grotte, totalement immergé dans ce dédale de pierre. Il "sentait" les tonnes de pierres au-dessus et au-dessous de lui, coupant tout écho de son et lui renvoyant comme autant d'éclats ses bruits de pas.
Il fut parcouru d'un frisson, et eu tout à coup l'intime conviction qu'il n'était pas seul dans cette caverne. Une présence intimidante faisait de la grotte une antre effrayante. Arrivé dans une salle gigantesque, Rackyn finit par être paralysé par la peur. Il avait beau se convaincre d'avancer, ou au moins de reculer, son corps refusait de faire un pas de plus.
Une voix caverneuse retentit sur les parois, venant de partout et de nulle part en même temps. Une voix puissante et calme, avec un arrière goût de maléfice qui glaça le sang du guerrier :
- Odieux personnage... Ta présence ne m'inspire que révulsion... Ta prétention blesse mon arrogance... Et puisque tu n'es plus en mesure de bouger, je viendrai à toi !
Rackyn sentit peu à peu son esprit reprendre le dessus. Le combat était proche, il le sentait : un corps massif, extrêmement massif, commençait à se mouvoir derrière les pierres. Cela approchait. Le corps de Rackyn redevint fluide à mesure que l'adrénaline s'accumulait dans ses muscles, rendant toute absence de geste impossible à cet état de tension nerveuse.
Une tête reptilienne apparut peu à peu au détour de la salle, dans le fond. Perchée à sept bon mètres, elle tourna vers lui des yeux d'un jaune profond et pénétrant, où les pierres phosphorescentes se reflétaient comme des joyaux . Une teinte verte parcourait ses écailles, et deux cornes d'ivoire partaient de l'arrière de son crâne allongé. Le corps suivit, sans empressement, mais respirant une puissance qui rayonnait et étouffait la volonté de Rackyn. Quatre pattes aux griffes acérées, et une longue queue hérissée ça et là de piques patinées par le temps. La créature quadrupède s'approcha lentement de lui, s'arrêtant à vingt mètres, et le toisant d'un regard de prédateur face à une faible proie.
- Je suis le Wyrm, déclara le reptile titanesque avant de se ramasser légèrement sur lui-même.
Rackyn sentit une sombre détermination, alliée à une terreur indicible, s'emparer de lui. Il sortit lentement l'épée de son fourreau.
- Je suis le Guerrier, répondit-il avant de se mettre en garde, derrière son bouclier.
Un temps incertain se déroula avant que les deux adversaires ne fassent un seul geste.
Puis Rackyn bondit en avant, franchissant les dix premiers mètres pendant que le reptile tournait sur lui-même. D'un roulé-boulé précipité, le guerrier évita la queue qui fouetta l'air, faisant vibrer l'atmosphère à une vitesse incroyable. Des pierres volèrent en éclats sur la droite de Rackyn, qui profita sans se déconcentrer du temps qui lui était imparti pour se relever prestement. Le reptile avait finit son tour et entama une danse mortelle dans laquelle jouaient la plupart de ses membres. Rackyn évita une patte, l'autre, la gueule, donna un coup d'épée sur celle-ci. Le reptile tourna brusquement la tête, percutant le guerrier et l'envoyant bouler dans un coin de la caverne. Une inspiration, et la gueule du reptile sembla briller de mille feux. Rackyn partait déjà, très rapide pour un humain, mais trop lent pour le Wyrm. Les flammes dévorèrent son bouclier et léchèrent son avant-bras.
Le guerrier lâcha dans un cri son bouclier, se tenant le bras brûlé de son bras valide, sans lâcher son épée. Trop tard, la gueule arrivait à toute vitesse. Rackyn ne put que tenter de grimper à la paroi d'un bond. Les crocs déchiquetèrent la pierre sous lui. Il se rétablit d'une acrobatie maladroite sur la tête du reptile. Celui-ci se releva de toute sa taille et écrasa son crâne sur le plafond de la grotte immense. D'une griffe, le reptile attrapa le guerrier qui avait décidé de manière prévisible de glisser derrière sa tête pour éviter de se faire écraser sur les stalactites.
L'épée se planta directement entre la griffe et sa gaine d'écaille, à la jointure de deux "doigts" du reptile. Elle s'enfonça de moitié avant de trouver un nerf. Le reptile feula, et un mouvement réflexe envoya Rackyn retrouver le sol dans un choc sourd.
Sonné, trois côtes cassées et le bras gauche virant au rouge sang, le guerrier se battait avec l'énergie du désespoir contre un monstre invincible. "Donnez-moi une chance, rien qu'une chance" se dit Rackyn, les larmes lui montant aux yeux. "Je ne veux pas mourir !"
Heureusement, ses jambes fonctionnaient encore, et lui permirent de se jeter maladroitement à l'aveuglette devant lui, esquivant deux coups de griffes qui tracèrent de profonds sillons dans la roche. Le reptile mit quelques dixièmes de seconde à retrouver l'humain, sous lui, et quelques secondes supplémentaires pour se demander de quelle manière tuer ce moustique.
Rackyn reprit ses esprits aussi vite qu'il put, et vit un visage qui semblait jubiler, darder sur lui un regard flamboyant. La gueule se referma à quelques dizaines de centimètres de lui, emportant un morceau de sa jambe gauche avec elle. Chancelant sur sa jambe restante, le guerrier empoigna son épée à deux mains. Dans un cri, il la propulsa avec toute la force dont il était capable dans l'oeil énorme du reptile qui se dégageait déjà de la pierre dans laquelle il avait coincé ses griffes . L'épée racla sur l'oeil avant de trouver une prise, s'enfonçant alors profondément, la bille jaune furieuse libérant des flots de liquide gélatineux.
Une douleur fulgurante remonta le long de la jambe meurtrie du guerrier tandis qu'il frappait, lui faisant prendre conscience de la blessure à travers les brumes de l'adrénaline. Il tomba immédiatement en avant, et s'appuya de tout son poids sur la garde de son épée.
Grande chance que cette blessure, car sinon la lame ne se serait jamais enfoncée assez profondément pour tuer le reptile. Avant que le cerveau ne formule ses dernières pensées, le reptile hurla et se releva brusquement, puis la bête mourut en un instant, et son corps s'affaissa lourdement.

Quand la poussière retomba, Rackyn se tenait non loin de là, haletant, à bout de souffle, le visage crispé dans un masque de douleur. Il ne bougeait plus sa jambe gauche, ne la sentant plus de toute manière. Son bras calciné lui faisait sentir chaque nerf à vif qui propageait des ondes de souffrance dans son cerveau embrumé. Ses côtes le faisaient suffoquer, mais il était vivant, oui, bien vivant.
Mais Rackyn n'en éprouvait aucune joie, car il savait qu'il avait déjà vécu des scènes similaires, et qu'il en vivrait d'autres. Tombant inconscient, il se réveilla en sursaut, pour voir Saran et Caerle penchés sur lui, éclairés par la lune au-dehors.
- Ca va, Rackyn ? Lui demanda en murmurant Saran.
- ... Oui... oui, ça va... Un cauchemar, juste un cauchemar.
Saran et Caerle le regardaient, tout sauf convaincus.
- Drôle de cauchemar, quand même, dit ce dernier. De quel reptile tu parlais ?
Rackyn fut étonné, se demandant avec horreur si ses amis pouvaient être au courant. Mais non, bien sûr que non. Vite, un mensonge. Le guerrier réfléchit à toute vitesse, heureux de retrouver son corps en parfaite santé :
- Une vieille histoire, quand j'étais plus jeune. Ca me revient parfois. Ca passera avec le temps. Des souvenirs, ça ne peut pas faire de mal, hein ?
Caerle marqua un temps, puis émit un petit rire. Saran soupira :
- Ok, d'accord... rendors-toi, Rackyn.
Tout le monde se recoucha, Caerle ajoutant de son lit :
- Mais si ça continue, tu dormiras ailleurs.
Saran pouffa, un petit sourire aux lèvres.
Rackyn, lui, ne riait pas. Il se rappelait les paroles du Wyrm, ce jour-là, au col écarlate :
- Plus jamais tu ne trouveras le repos, guerrier. Chaque nuit, tu devras m'affronter, et chaque nuit, tu lutteras pour ta vie ! Si tu viens à échouer, ne serait-ce qu'une seule fois, tu mourras !
Le Wyrm avait ri, beaucoup ri. Un rire démoniaque, qui le poursuivrait toutes ses nuits.
- Va, Grand Guerrier, avait ironisé le reptile, et rappelle-toi ! Chaque nuit, tu lutteras pour ta vie ! Tu as cherché un défi, je te le donne !
Le Wyrm l'avait laissé partir, sans le combattre, sans le retenir. Rackyn était vite rentré, la peur au ventre.
Le rire du Wyrm le poursuivait, et il ne pourrait jamais lui échapper...

Par Skatlan.



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